
L'ironie veut que la quatrième réedition de
Final Fantasy IV soit un remake. Enfin, ne parlons pas trop vite, une chose à la fois. Un “remake”, ce sont les mots de Square Enix, et c'est bien ce dont le jeu a l'air, d'ailleurs. Refonte graphique totale, ajouts scénaristiques promis, et diverses autres choses, pour justifier un nième achat... Ou bien viser un autre public? Car c'est la véritable question, avec cette mouture Nintendo DS de
Final Fantasy IV.
Version testée :
Le jeu s'ouvre, comme Final Fantasy III (DS), sur une cinématique en images de synthèse, pour le plaisir des yeux. En revanche la qualité sonore est plutôt déplorable, proche d'une vidéo YouTube mal enregistrée... Premier bilan mitigé donc. Et in game, les cinématiques seront exactement l'inverse! La faute (ou grâce) au moteur du jeu qui sera utilisé pour ces dernières, accompagné par des doublages. Si ces derniers sont d'excellente facture avec la version anglaise, le moteur graphique montre en revanche bien vite ses faiblesses, en faisant des gros plans sur les personnages lors de ces moments-clés. Gros plans totalement déplacés, puisque la pixellisation apparaît alors de façon outrancière, et nous fait nous poser des questions...
Final Fantasy IV raconte l'histoire de Cécil, capitaines des Ailes Rouges, la flotte impériale de Baron. Le chevalier noir revient d'une mission au cours de laquelle il a massacré plusieurs innocents pour mettre la main sur un des quatre cristaux sâcrés. Ce dernier doute du bienfondé des ordres de son roi, et se remet en question: la protection de son pays passe-t-elle par le massacre de tant d'innocents? Cécil lutte-t-il vraiment pour le bien de sa nation, et non pas pour satisfaire des ambitions d'un roi qu'il ne reconnaît plus? Le monarque, qui voit clair dans les pensées de Cécil, le destitue de ses fonctions, et l'envoie à Myst, faire une livraison spéciale. Cécil sera accompagné par Kaïn, son vieil ami, dans sa mission. Et la tragédie qui va s'accomplir n'est que la première d'une longue série...
Une histoire qui est donc en partie portée sur la recherche de soi, et où chaque personnage apporte sa thématique à l'intrigue. A l'époque de sa sortie sur Super NES, le jeu était l'un des premiers RPG à proposer un scénario réellement travaillé et des personnages attachants. Aujourd'hui, cela peut encore tenir avec le peu de titres du genre actuellement présents et de cette qualité sur la portable de Nintendo, même si la tendance devrait bientôt disparaître. Ceci dit, le jeu accuse quand même du poids des années, avec un rythme des évènements complètement à la ramasse: plusieurs personnages se joignent régulièrement à l'équipe, et il n'est pas rare qu'on en perde un au bout d'à peine deux heures de jeu! La “première partie” du jeu est ainsi, et dure une dizaine d'heures. Le reste est plus long, et plus équilibré, heureusement.
Une dernière remarque sur le scénario, on va dire, “attendu” de cette version. Square Enix avait annoncé avec la venue de ce remake, que l'histoire de la version originale ne comprenait qu'un quart du script initialement prévu, car il avait à l'époque été impossible de faire tenir tous les évènements sur une seule cartouche de jeu. L'éditeur avait donc promis que cette version apporterait des éléments scénaristiques supplémentaires, histoire de se justifier. On peut désormais gaiement ajouter quelques décimales au pourcentage connu de scénario. Quelques scènes ont été rajoutées, on peut connaître les pensées de chaque membre de l'équipe vis-à-vis d'une situation, mais cela s'arrête là. Les cinématiques doublées (d'évènements connus) sont bien plus marquantes en comparaison, et l'éditeur n'a pas tenu sa promesse. Un peu honteux, quand on compte le nombre de versions du jeu existantes, et la capacité actuelle des cartouches DS, en constante évolution...
Dans le domaine du changement, du vrai, la représentation des personnages a été bien entendu grandement retouchée. Elle ne leur fait pas toujours honneur, et le style Amano semble bien perdu avec cette nouvelle version. Il y a une opposition incompréhensible entre la maturité de la voix des acteurs qui doublent leur personnage, et le style SD souvent inapproprié des individus (Tellah, Golbez...). Tout cela est d'autant plus étrange, quand on voit un Rubicante plus imposant que jamais, et pourtant loin d'être le personnage le plus important de l'intrigue. La représentation des monstres respecte les modèles originaux dans l'ensemble, en ajoutant des animations, pour faire plus réel. Honnêtement de ce point de vue-là je trouve le moteur graphique réussi, qu'il s'agisse des combats ou de l'exploration en donjon: l'écran “d'action” n'est pas surchargé, il n'y a pas de zoom inutiles... Le rendu est net et sans bavure. En plus, cela constitue la majeure partie du jeu, donc le constat graphique n'est au final pas entièrement négatif.
Si le jeu fait bonne impression lors des phases de gameplay, c'est en partie dû au fait qu'il tourne sur Nintendo DS. Le double écran est ainsi sollicité en permanence, affichant la carte du monde ou du lieu visité (donjon, comme ville) en exploration, et les PV/PM de l'équipe en combat. Dans le premier, cela présente deux “avantages”: les cartes de donjons sont “à compléter”, et une fois découvertes entièrement, le jeu occtroie un ou plusieurs objets en récompense. De plus, toute carte, s'affichant sur un écran entier, peut présenter le moindre coffre disponible dans la zone, et la représentation des nombreux embranchements permet de mieux se repérer. Là où le jeu pourra décevoir les amateurs d'expériences tactiles, c'est que la carte s'affiche sur l'écran du bas, et par conséquent pour déplacer son personnage au stylet, il faudra diriger le petit pointeur qui aparaît sur la carte. Peu précis, et nécessitant de toute façon l'utilisation des boutons, la maniabilité de ce point de vue n'a pas été bien pensée, et on devra se rabattre sur l'utilisation des seuls boutons, d'où la remise en question de l'intérêt de développer sur Nintendo DS...
Heureusement le gameplay de l'original est, lui, très bien mis en oeuvre, et conserve avec ce remake toutes ses qualités, et s'étoffe un peu également. Les rencontres sont aléatoires, mais Final Fantasy IV marque le début d'une ère nouvelle, mine de rien. Terminé le tour par tour, désormais les combats se déroulent pour ainsi dire en temps réel, avec la première apparition du célèbre Active Time Battle. Ce nom désigne tout simplement la jauge qui apparaît en combat pour chaque protagoniste, se remplissant régulièrement (en fonction de l'agilité du personnage) avec les secondes qui défilent. Ainsi, lorsqu'elle est pleine, l'action à effectuer peut être sélectionnée. Pas de grands changements dans les choix possibles a priori, puisque l'on retrouvera les éternelles attaques, magies noires/blanches, et autres objets... Cependant, chaque personnage dans cet opus a une classe pré-définie, et possède ainsi des compétences supplémentaires qui lui sont propres.
Là où le remake améliore sensiblement l'original, c'est dans ses combats, pour deux raisons. La première, c'est que le rythme est beaucoup plus équilibré; sans devenir molle, l'action s'effectue sans saccade, de façon plus régulière. Ensuite, la véritable innovation de cette version réside dans l'existence de compétences, que l'on peut obtenir sous certaines conditions, et attribuer au personnage de notre choix, pour enrichir son panel d'options disponibles en combat. Le système va même jusqu'à régir l'évolution des statistiques à partir d'un certain niveau! Un aspect inédit, qui apporte une touche de customisation absente de l'original.
Mais le système de combat ne suffit pas à rendre l'expérience marquante; le vrai secret de la réussite de Final Fantasy IV réside dans sa difficulté. Jamais rébutante, elle nécessite quelques séances de level up initiales (en particulier avec le brassage de l'équipe en début de partie), mais par la suite tout s'effectue naturellement, et la réelle difficulté posée par un boss ne tient pas tant des niveaux nécessaires pour le battre, mais plutôt de la stratégie à employer. En effet la vitesse du déroulement des affrontements, associée à quelques surprises, rend nécessaire l'improvisation. “Comment faire face à ce problème?” est la véritable question qu'on doit se poser, et le level up n'est pas la réponse primordiale, il est secondaire. Un jeu à la difficulté intelligente comme on n'en a plus fait depuis longtemps.
Enfin Final Fantasy IV, c'est aussi les musiques de Nobuo Uematsu, qui signe là encore de l'excellent travail. La qualité de ses compositions est bien rendue par les capacités du support, et chaque musique colle parfaitement à la situation, en véhiculant une émotion particulière. Seul la longueur de certains lieux, pourra faire apparaître les thèmes de donjons, en particulier, comme assez répétitifs...
Pour conclure, la quête principale occupera une bonne trentaine d'heures, et plus encore si vous ne connaissez pas l'univers de Final Fantasy IV. Une durée de vie honorable, malheureusement non secondée par une multitude de quêtes annexes... Les bonus de la version Advance ont qui plus est disparus; mais au profit d'un New Game +! Ceci permet de reprendre l'aventure, en conservant toutes les compétences bonus acquises, attribuées ou non. Deux boss optionnels sont également débloqués, et c'est à peu près tout... La véritable quête annexe consiste à récupérer les compétences bonus, dont l'obtention regroupe plusieurs sous-quêtes. Cela devrait occuper suffisamment les hardcores gamers.
Déception, ou surprise? Très franchement, je ne saurais qualifier, avec un de ces deux termes exclusivement, cette version de Final Fantasy IV. Surprise, parce que mes appréhensions dues au nouveau design général ont vite disparu (en partie seulement), et que j'ai apprécié un jeu au gameplay déjà réussi, en quelque sorte sublimé sur Nintendo DS. Déception, car le fond ne change pas vraiment, et qu'on se prend de doutes quand aux intentions de l'éditeur. Le jeu a perdu toute l'esthétique originelle, s'est vu développé sur un support inadapté à la 3D (mais très rentable, et à peu de frais), et ne remplit aucun critère lui permettant de prétendre être un remake. Tout juste s'agit-il d'un remake technique. Pire encore, les ajouts scénaristiques se comptent sur les doigts de la main, et la promesse n'a ainsi pas été tenue, annulant par là-même toute justification quant à l'existence de cette version Nintendo DS. Pour tout vous dire, j'ai moi-même, en écrivant cet article, revu très nettement mon opinion sur le jeu. Dans le fond, il reste tel qu'il a toujours été, un excellent jeu; et il est indispensable d'y avoir joué si l'on prétend aimer les RPG. Mais dans sa forme actuelle, cette version Nintendo DS ne constitue peut-être pas l'investissement le plus judicieux que vous puissiez faire.
Note Indicative : 13/20
(j'aimerais l'acheter