
Dôté d'une réputation qui l'a précédé en Europe,
Valkyrie Profile fait partie des jeux inoubliables pour la majorité qui s'y est essayée. C'est donc avec une certaine fébrilité que la version Playstation Portable est attendue, à une époque où la version originale se fait bien rare même en occasion, notamment en US. Et même pour cette réedition du jeu, l'attente fut longue de par chez nous... Mais aujourd'hui, la patience des joueurs européens est récompensée, à commencer par la magnifique jaquette que voici, à défaut d'une localisation convenable après tant de temps, qui impose l'anglais...
Version testée :
Tout d'abord le jeu possède un prologue, qu'il est conseillé de visionner avant de démarrer l'aventure. On y découvre la vie d'une petite fille vivant avec sa mère dans un village, où vivre y est difficile. Pour survivre, la marâtre va jusqu'à tenter de vendre son enfant! Son ami Lucian vient prévenir la jeune Platina, et décide de s'enfuir avec elle. Je vous laisse découvrir l'issue de cette introduction, ces quelques lignes n'étant là que pour donner une indication quant au ton du jeu, souvent triste et mélancolique.
Passé cette première scène, le jeu s'ouvre véritablement sur l'éveil de Lenneth. Il s'agit de l'une des trois Valkyries, dont le seigneur Odin se sert pour localiser les morts au combat, et leur proposer de combattre pour les dieux, à l'approche de Ragnarok, la bataille de la fin du monde. Valkyrie Profile: Lenneth n'est donc définitivement pas un RPG comme les autres: l'intrigue est inspirée par la mythologie nordique, et son déroulement est très différent de l'habitude dans les RPG. L'ambiance est merveilleusement retranscrite par la combinaison des artworks Yoshinari et le fond sonore, en adéquation avec les différentes situations. Côté exploration, les musiques sont très rythmées, et la qualité est de rigueur dès le premier donjon. Seul le thème de combat pourra lasser par son grand emploi, ainsi qu'un choix dans la fréquence des doublages un peu étrange (cut-scènes partiellement doublées...).
Le jeu se déroule en différentes phases, qui se répètent jusqu'à la scène finale. Constitué de huit chapitres, divisés en périodes, le temps s'écoule ainsi inexorablement jusqu'au Ragnarok. Lenneth doit survoler Midgard, le monde des hommes, et chacune de ses actions consomme une ou plusieurs période(s). Lorsque toutes les périodes du chapitre sont écoulées, celui-ci s'achève, laissant place à la Sacred Phase, durant laquelle les accomplissements de la Valkyrie sont évalués et récompensés.
Pour localiser sa prochaine destination, la guerrière doit se concentrer, et être à l'écoute du moindre appel, si lointain soit-il, et quelle que soit sa nature. Il peut en effet s'agir des cris d'agonie d'un Einherjar (guerrier mort au combat), ou bien encore des hurlements de fureurs de monstres déchaînés. Dans tous les cas, la Valkyrie n'a plus qu'à se diriger vers la source des plaintes, et se charger de résoudre la situation. Dans le premier cas, le jeu présente la mort du combattant, une partie de son histoire, et celui-ci est ensuite recruté par Lenneth. Dans le second cas, il faut se préparer à combattre et résoudre diverses énigmes dans des donjons (souvent) alambiqués.
Le jeu est donc caractérisé par un background extrêmement riche, et des personnages charismatiques. Il existe diverses classes (guerrier, mage, ou encore archer) et d'autres paramètres ont leur importance, et sont donc indispensables à gérer. D'une part, les traits de caractère: avec des Capacity Points (CP) acquis grâce aux niveaux, il est possible d'accentuer un aspect positif du personnage, ou à l'averse, d'atténuer un mauvais côté. Ceci augmente sa Hero Value (je reviendrai sur ce point plus en détail). Dans la même idée, diverses compétences peuvent être attribuées, pour renforcer l'efficacité en combat. On peut ainsi attribuer des Skills permettant la régénération d'un compagnon blessé, ou encore un qui ajoute des effets lors d'une contre-attaque. Enfin, certaines compétences permettent d'augmenter les statistiques d'un protagoniste. La customisation des personnages comporte donc nombre de possibilités, et participe à la richesse du gameplay.
Bien gérer ses CP est par conséquent indispensable, puisqu'il peut se révéler plus intéressant de monter une caractéristique plutôt qu'une autre. En effet, comme je l'ai mentionné plus haut, notre Valkyrie a pour mission de recruter les Einherjars, ceci dans le but premier d'en envoyer un certain nombre au seigneur Odin pour l'assister en combat. C'est Freya lors des Sacred Phases, qui transmet les exigences d'Odin à Lenneth. Celles-ci doivent être satisfaites avec un maximum de deux Einherjars par chapitre. Ainsi, l'envoi d'Einherjar doit être mûrement réfléchi.
C'est ici que la gestion de ses CP entre en compte. D'une part, tout combattant doit posséder une Hero Value positive pour être transférable, c'est le minimum requis. Ceci dit, les exigences d'Odin seront souvent plus précises à ce sujet, avec une demande d'une valeur minimale, d'où l'intérêt d'augmenter celle-ci en premier lieu. Parfois une classe particulère peut être demandée, ou une compétence spécifique: il faut alors vérifier si un Einherjar peut posséder une telle caractéristique dans ses Skills. Certaines pièces d'équipement peuvent même conférer à leur porteur une vertu particulière, leur permettant de remplir les conditions sans avoir le Skill nécessaire!
Les Einherjars que vous conservez demeurent à votre disposition pour vous assister en combat. Jusqu'à trois peuvent prendre part aux joutes, aux côtés de Lenneth. La disposition des protagonistes se fait alors en « formation losange », qui associe chaque bouton aux formes géométriques de la console à un personnage. L'enchaînement d'attaque peut se faire dans l'ordre désiré par le joueur, à condition de trouver comment briser la garde de l'ennemi (qui tentera régulièrement de se protéger de vos assauts). Le but d'une manière générale est de complétement remplir la jauge sur la gauche. Si les coups sont rapprochés dans le temps, elle se remplit en fonction de leur efficacité, et si le maximum de cent points est atteint, il y a possibilité d'effectuer une purification. Ceci consiste en fait en une suite d'attaques spéciales, propres à chaque personnage. On choisit donc comme en temps normal le bouton associé au coup que l'on veut déclencher, et la jauge se vide aors en partie. Si l'attaque suffit à la remettre au maximum, une autre attaque peut être effectuée, et ainsi de suite. Pour effectuer ce genre d'assaut, un personnage doit accumuler de petites gemmes, obtenues en frappant un ennemi au sol.
Mais le jeu n'est pas uniquement difficile pour son côté gestion et ses combats; l'exploration demande également un certaine réflexion. Les ennemis apparaissant sur la carte, Leneth a la possibilité de cristaliser leur enveloppe corporelle, la transformant ainsi en mini plate-forme improvisée. Ceci permet d'éviter l'affrontement, à condition de ne pas se trouver à proximité lorsque l'enchantement se dissipe. Il est également possible de former des cristaux contre une surface (le sol ou un mur, par exemple). Il faut donc utiliser cette aptitude à bien, avec d'autres utilisations dérivées, pour résoudre des énigmes, ou encore atteindre des coffres inaccessibles par le simple saut. Nombreuses et relativement variées, les énigmes permettent de diversifier l'action, la rendant ainsi un peu moins monotone. De plus, certains évènements peuvent être déclenchés dans chaque donjon, et cela rapporte des points d'expérience bonus, que l'on peut attribuer aux unités de son choix. De même en fin de niveau, après avoir vaincu le boss, on a accès à des artefacts, ainsi que de nombreux points d'expérience.
Les artefacts sont des objets uniques, dont la rareté les destine en théorie à être rendus à Odin (leur possesseur). Cependant, il est possible de décider de les garder pour soi; ceci fait alors diminuer le ratio d'évaluation de la Valkyrie. Ce paramètre est à prendre compte, car il peut déterminer la fin que le joueur visionnera. Attention donc, à ce qu'il ne descende pas de trop... La Seal Value, indépendante de ce score d'évaluation, voit sa valeur modifiée de même selon certaines actions entreprises (comme le recrutement d'un Einherjar), et fait aussi partie des paramètres à prendre en compte en fonction de la fin désirée.
C'est en cela que Valkyrie Profile: Lenneth se révèle complexe; il existe trois fins différentes (C, B et A). La dernière constitue la « véritable » fin du jeu, et les critères pour la débloquer sont très précis, rendant difficile l'obtention de cette fin sans soluce. En jouant normalement, on obtient la fin B (la fin C étant la pire des trois); cependant, elle ne permet pas de saisir totalement l'intrigue du jeu... Un point un peu regrettable donc.
Ce qui est bon à savoir en revanche, c'est que le jeu dispose d'une durée de vie plus que correcte: vingt à trente heures minimum pour une partie en Normal, en visant la fin A. Se débloque ensuite la Seraphic Gate, donjon ultime pour tester ses aptitudes. Pour les passionés qui veulent tout découvrir, le mode Hard révèlera tous les secrets du jeu, en proposant notamment de nouveaux donjons et de nouveaux Einherjars. A réserver aux connaisseurs cependant, qui savent comment gérer leur temps. Le mode Easy est à éviter, car s'il est vrai que l'on y reçoit plus d'expérience, on a également accès qu'à un très faible nombre de donjons et d'Einherjars, et l'on rate ainsi bon nombre d'armes. De plus, la fin A n'est pas accessible dans ce mode.
Terminons sur les caractéristiques de cette édition Playstation Portable. Naturellement l'affichage se fait en 16:9, et pour avoir joué également à la version PS1, je trouve que ce changement s'effectue sans peine. Mieux encore, les graphismes au rendu plutôt pixellisé sur PS1, sont ici plus lisses. L'action est toujours aussi fluide, malgré quelques temps de chargements supplémentaires. Pour représenter certains moments forts du jeu, une douzaine de cinématiques à l'esthétique proche de celle de Crisis Core -Final Fantasy VII- ont été ajoutées. Autrement le jeu est à peu près identique en tous points, à quelques subtilités près, puisqu'il se base sur la version originale japonaise (légèrement différente de la version PS1 US).
Conclusion
Valkyrie Profile: Lenneth est inoubliable à plus d'un titre. Le jeu est tellement réussi sur de nombreux points qu'il serait dommage de passer à côté, quelle que soit la raison. Grâce à son histoire et ses personnages parfaitement maîtrisés, mais aussi par son gameplay riche en possibilités, le jeu est destiné à un public assez large. Cependant, cela vient au prix d'un investissement conséquent (et ne raisonnez pas qu'à partir de la tranche d'heures donnée), car c'est ce que demande cette oeuvre pour s'apprécier.
Note Indicative : 16/20