
Premier opus d'une saga majeure de Tri-Ace, renommé pour l'occasion
First Departure,
Star Ocean fait son grand retour sur PSP. Jamais sorti chez nous, ce remake est l'opportunité rêvée pour tout européen de découvrir les origines d'une série qui a fait son chemin au fil des années, même s'il faudra comprendre l'anglais pour en profiter. Le passage sur PSP s'est fait avec des ajouts et quelques modifications censées bonifier le titre. Mais malgré tout,
First Departure fait-il vraiment parti de ces RPG qui ne souffrent pas des affres du temps ?
Version testée :
Voyage dans l'espace et le temps
Star Ocean : First Departure débute avec trois personnages principaux originaires d'une planète paisible du nom de Roak : Roddick, Millie et Dorne. Ce sympathique trio protège le petit village de Kratus mais rapidement, un événement inattendu va se produire. Dans un village voisin, un étrange phénomène transforme les habitants en pierre. Alors qu'ils sont à la recherche d'un moyen de sauver ces gens, nos trois compagnons vont faire face à deux terriens, Ronyx et Ilia, venant d'un vaisseau à la technologie extrêmement avancée. Le choc des cultures passé (Roak étant considéré comme une planète primitive), l'étrange maladie ne trouve aucun vaccin auprès des scientifiques terriens. Dorne, contaminé par le virus et transformé en pierre, sera ramené chez lui, en attendant de trouver une solution. Alors que les autorités comptent simplement laisser la planète en quarantaine, Ronyx juge qu'il faut agir et pour cela, il décide de se rendre sur Styx. Notre troupe va utiliser la « Time Gate » pour voyager dans le temps et trouver la source du problème sur Roak. C'est là que l'aventure commence...
Ainsi, First Departure intègre dès le départ un univers riche, mêlant SF et héroïc-fantasy, marque de fabrique de la série. Néanmoins, ne rêvez pas de voyager dans l'espace et de visiter toutes les planètes du système solaire, l'énorme majorité de l'aventure se déroulera sur Roak, et le scénario est de toute façon des plus classiques. Malgré tout, c'est un univers agréable et rafraichissant, notamment grâce aux relations entre des personnages aux cultures et aux connaissances opposées, ce qui donne lieu à des dialogues aussi intéressants que drôles.
Adaptation sur PSP
Ce remake bénéfie d'une toute nouvelle réalisation pour la PSP. Avec des décors pré-calculés proches du deuxième Star Ocean, First Departure est indéniablement agréable à l'oeil. Les sprites des personnages contrastent parfois avec les environnements et donnent un effet de flou (surtout de près) relativement grossier. Néanmoins, cela ne choque que les premières heures et la beauté générale du titre nous fait vite oublier ça. Egalement, et dès l'introduction du titre, on constate de nouvelles scènes animées type manga du plus bel effet, même si elles ne sont pas nombreuses. Aussi, la bande-son du réputé Motoi Sakuraba a été remaniée pour l'occasion, pour notre plus grand bonheur, ainsi que les voix, d'ailleurs trop prédominantes par rapport aux musiques. Pour finir, une carte du monde en 3D rappelant les RPG PS1 fait son apparition. Au-delà du fait que c'est loin d'être l'endroit le plus beau, le héros se déplace extrêmement lentement, ce qui rend la progression parfois pénible, notamment lors d'aller-retour. Si on ajoute à cela une fréquence de combats aléatoires assez élevée, on touche là un des premiers gros problèmes de ce Star Ocean, mais j'y reviendrai plus tard.
Au final, Tri-Ace, à travers cette adaptation sur PSP, a voulu remettre ce premier épisode au goût du jour. On peut dire que c'est en partie le cas mais des failles se font tout de même ressentir assez rapidement. Là encore, je vais avoir l'occasion de vous en reparler plus en détails.
Baston baston baston !!!!
Ce qu'il faut savoir avec ce First Departure, c'est qu'on passe la majorité de son temps à combattre, autant être prévenu. Mais heureusement pour nous, ils sont plaisants. Star Ocean fut créé par des personnes ayant participé au développement de l'excellent Tales of Phantasia, il n'y a donc rien d'étonnant à retrouver un système de combat en temps réel. Projeté dans une zone relativement grande en 3D, on déplace librement son personnage, un bouton sert à attaquer, un autre pour naviguer dans le menu (par exemple pour utiliser les objets). Les boutons L et R permettent d'assigner deux attaques spéciales qui consomment des MP. Retenez surtout le bouton croix car c'est de lui dont vous aurez le plus besoin. Généralement, les combats sont très bourrins et le martèlement de ce seul bouton suffira à vous donner victoire car il n'y a hélas aucun moyen de se protéger ou de faire des pas de côté. Néanmoins, la frénésie des affrontements avec des personnages aux hurlements rageurs (et à la belle musique, hélas éclipsée par les voix) suffira à vous tenir en haleine et à prendre du plaisir.
Cependant, un gros bémol : le comportement des alliés. Car même si les combats ne sont pas synonymes d'une grande finesse, on regrette que les stratégies paramétrables ne permettent d'obtenir que des agissements totalement extrêmes, à savoir soit une utilisation intensive des MP jusqu'à épuisement, soit une abstinence totale. Il est ainsi infiniment frustrant de voir nos compagnons consommer tous leurs MP en deux-trois combats. De plus, ces idiots (comment les appeler autrement ?) foncent sur l'ennemi sans faire attention à, par exemple, ne pas se faire encercler. Cerise sur le gâteau, ils ne frappent l'ennemi qu'une fois systématiquement alors qu'il est possible d'exécuter un combo de trois coups (sans aucune contre-partie). Bref, et en une phrase, l'IA est catastrophique, mais on doit malheureusement s'y faire.
Pour contraster avec cela, on peut parler du très intelligent système de Skill qui donne au jeu une profondeur non négligeable. En effet, en augmentant de niveau, vous gagnez des points que vous pourrez attribuer pour apprendre des compétences. Ces dernières s'achètent au préalable pour être disponibles dans les menus et et elles offrent beaucoup de possibilités, dont, système connu des amateurs de la série, l'item creation. Avec les skills, il est possible d'apprendre à cuisiner, à forger ses propres armes, à déchiffrer des objets inconnus, à créer des accessoires à partir de minerais, et même de réduire la fréquence des combats. Bref, tout un panel de fonctionnalités disponibles directement dans les menus du jeu et que l'on peut rendre plus efficace au fur et à mesure. C'est un système à la fois simple d'utilisation, plus riche qu'on ne le pense au départ et donc passionnant, il vous faudra des heures pour en faire le tour et c'est probablement la plus grande réussite de ce Star Ocean. Il est juste dommage que le manque de difficulté du titre (à part au début) n'oblige pas à user tout le temps de cette particularité.
Progression... ou pas.
Venons-en à la progression du titre. Extrêmement classique, il faut avouer qu'elle ne motive pas forcément à avancer, d'autant plus avec des aller-retour vraiment nombreux. Certes, c'est le lot de bon nombre de RPG mais c'est probablement là que l'on remarque que Star Ocean a pris quelques rides. Car malgré un univers intéressant et original, on ne fera en définitive qu'enchaîner village-grotte-donjon (qui plus est sans carte pour se repérer) avec de (trop ?) nombreux combats, et il faudra attendre la fin du jeu pour trouver quelques structures qui changent du train-train quotidien. La carte du monde est l'apothéose de cette mauvaise impression, la lenteur du héros avec des affrontements tous les deux pas a vite fait d'agacer, d'autant plus quand on vous demande (encore) de traverser tout un continent. Cependant, la discrétion du scénario et la prédominance des combats jouent beaucoup sur ce ressenti et ce défaut, si on peut le nommer ainsi, dépendra de chacun, il est donc juste bon de savoir que la progression du titre est très old-school.
Néanmoins, une autre grande particularité de la série pourra vous motiver dans les moments les moins amusants de ce Star Ocean : la constitution de son équipe. Certes, les personnages clés comme Roddick sont obligatoires mais ce n'est pas le cas de tous ceux que vous allez rencontrer. En effet, votre troupe peut accueillir 8 membres en tout, et vous ferez de nombreuses connaissances sur votre chemin. Suivant les réponses données, certains partiront rapidement, mais d'autres pourront aussi rester définitivement, c'est au joueur de choisir au fur et à mesure de ses recherches dans un monde relativement dense, et vos alliés potentiels vont du guerrier robuste au magicien puissant. De plus, à chaque fois que l'on approche d'une ville, une option nommée « private action » apparait, elle permet de tisser des liens entre les différents protagonistes de votre équipe et d'obtenir des objets voir de nouveaux alliés. Enfin, il existe plusieurs fins différentes selon la constitution de vos troupes. Le jeu n'étant pas très long (20-25h), ce système est indéniablement un excellent prétexte pour recommencer l'aventure avec une nouvelle équipe.
Conclusion
Le bilan de Star Ocean : First Departure est contrasté. Alors qu'on (re)découvre avec grand plaisir l'origine des mécanismes de la série, comme l'item creation, les combats dynamiques, l'univers mêlant SF et heroïc-fantasy ou le recrutement des personnages, ce remake nous offre aussi les quelques rhumatismes d'un RPG vieillissant, même si Tri-Ace a tenté de le remettre d'actualité. Les combats, bien que plaisants, sont trop bourrins pour être véritablement passionnants et constituent pourtant la grande majorité de votre temps. On notera aussi une progression old-school qui rebutera certains joueurs alors que la richesse de la gestion des skills tiendra en haleine d'autres. Pourtant, l'ambiance générale, notamment grâce à l'univers, aux graphismes et à la bande-son, ne manquera pas d'envoûter tout fan de ce genre de jeu.
En somme, un RPG aux qualités évidentes mais aussi aux défauts lourdingues, qui peut être attachant comme incroyablement frustrant, il revient donc aux joueurs de décider si First Departure constitue un bon investissement pour lui, en fonction de ses attentes, et plus simplement de ses goûts.
Note Indicative : 13/20