
Une bonne dizaine d'années après sa sortie sur Super NES (treize ans, en réalité),
Chrono Trigger bénéficie d'un portage sur DS. Son passage sur PS1 ne lui avait guère réussi (temps de chargements excessifs principalement en cause). Contrairement au cas
Final Fantasy IV, l'éditeur précise bien que cette fois le jeu est une simple adaptation de la version originale : pas de refonte graphique, éventuellement quelques ajouts (dans la partie annexe), mais on garde l'esprit originel du jeu, sur tous les plans. Ainsi, contrairement à
Star Ocean : Second Evolution, le character design reste celui de
Toriyama, par exemple. Et, plus que jamais, la roue du temps s'est mise à tourner...
Version testée :
L'aventure commence par l'éveil, fort difficile semble-t-il, de notre héros Chrono. La mère essaye tant bien que mal de sortir son garçon du lit, lui rappelant qu'il peut enfin se rendre à la foire du millénaire qu'il a tant attendue.
Le jeune homme se prend alors en main, se souvenant que son amie Luca doit pour l'occasion présenter sa machine sur laquelle elle a consacrée ses derniers mois... Se rendant à l'exposition, Chrono bouscule une jeune fille ; celle-ci perd alors un médaillon que Chrono s'empresse de lui retrouver puis de lui rendre. La demoiselle, prénommée Marle, demande alors s'il peut lui tenir compagnie quelques minutes, histoire de profiter ensemble de l'évènement.
Nos deux jeunes gens se rendent, in fine, à la présentation de Luca. Celle-ci demande des "cobayes" pour réaliser son expérience, ce que Marle accepte d'être. L'imprévisible se produit alors, puisque le médaillon de Marle semble réagir à la machine, qui fait disparaître la jeune fille on ne sait où !
Chrono décide de partir à sa recherche à travers l'étrange portail apparu et se retrouve dans un lieu qui lui est totalement inconnu ; il lui faut à présent rechercher sa nouvelle amie, afin de la ramener saine et sauve dans leur village...
Comme le sous-entend le titre, Chrono se trouve en fait à une toute autre époque que la sienne ; en sautant dans le portail il a voyagé dans le temps, fait assez rare et peu usité dans le RPG à l'époque. Et cela avait fort réussi à SquareSoft, puisque l'éditeur avait réussi à mettre en place un univers particulièrement riche et attachant.
L'évolution scénaristique, si elle suit un semblant de schéma linéaire, laisse une liberté assez appréciable au joueur : il vous incombe de récolter les informations nécessaires à votre avancement, et bon nombre de PNJ sont présents pour vous aider à y voir plus clair au sujet du vaste monde de Chrono Trigger.
Le jeu est particulièrement riche en situations, témoignant -avec le même succès que les Final Fantasy de la Super NES- de moments tantôt graves, tantôt plus drôles, voire hilarants. Les musiques sont alors particulièrement appréciables, puisqu'elles retranscrivent tous types d'émotions imaginables, et transportent, littéralement, le joueur. Chrono est à la tête d'une fine équipe, dont l'hétérogénéité (du fait de leur appartenance à différentes époques) fait en même temps toute la force et la solidarité.
Il est à noter que le jeu est bien servi par de nombreuses cinématiques en animation, appuyées par le coup de crayon très -trop- homogène du célèbre Toriyama, et issues de la version PS1. On peut apprécier plus de détails lors de ces évènements, dans les traits des personnages, qu'in game : le moteur graphique a en effet une particularité par rapport aux Dragon Quest : le style de Toriyama y est, au strict minimum, perceptible. Ainsi, les Toriyamaphobes -appelons-les ainsi (j'en fais partie !)- n'auront-ils pas de raisons de se priver de jouer à Chrono Trigger pour leur "peur" un peu particulière.
Du côté de l'annexe, tout le monde sera servi : la moindre action peut avoir une répercussion des siècles plus tard, de la simple réponse de question à l'ouverture d'un coffre. C'est alors que l'on mesure à quel point la conscience des développeurs est tordue (un peu trop !), et il faudra probablement s'aider du New Game Plus proposé afin de rectifier le tir lors de certains moments.
De toute façon, le jeu possède pas moins de treize fins (treize, encore treize !), ainsi qu'une liste de musiques/cinématiques/bestiaire/etc. à compléter. Les objets et niveaux étant conservés lors d'une partie "plus", les collectionneurs apprécieront ; d'autant que le jeu ne dure qu'une vingtaine d'heures, avec quelques parties annexes remplies.
Square Enix a ajouté une arène et des donjons bonus pour le portage sur DS, mais cela intéressera plus les acharnés que les autres joueurs... En revanche on apprécie l'absence de chargements (qui rendaient la version PS1 injouable), ainsi que l'existence d'une version française des aventures de Chrono (disponible dans la version US), d'autant que celle-ci est plus fidèle à la version japonaise (les noms différent de l'originale dans la version anglaise) !
Il est à présent temps de parler davantage du gameplay. Outre un déplacement au stylet peu précis (l'action se déroule sur l'écran supérieur mais le déplacement au stylet se fait, théoriquement, sur l'écran du bas...), il est possible d'accéder aux diverses options du menu via des raccourcis, en cliquant dessus. A vous de voir si vous préférez utiliser partiellement ou totalement le stylet ; fort heureusement, une maniabilité classique est possible dans tous les cas : en mode DS, comme en mode classique ; fort heureusement car dans ce dernier cas, le passage sur DS s'avère moins réussi pour les affrontements que pour l'exploration... Les inscriptions dans les fenêtres se font sur un écran (à l'ancienne, comme sur Super NES), et m'ont semblé tout bonnement illisibles sur la DS !
On en arrive donc aux joutes : si vous avez acheté les dernières productions de Square Enix sur GBA ou DS, vous n'êtes pas sans connaître l'Active Time Battle, ce système de combat en simili-temps réel. Trois personnages peuvent participer simultanément aux affrontements ; en passant du temps ensemble vous pourrez leur faire apprendre des compétences qui unissent leur force (voir la suite).
Il est possible de choisir entre mode semi-actif et actif ; la différence se situe au niveau de l'écoulement du temps, qui s'interrompt (semi-actif) ou non, lorsque vous sélectionnez une action telle que la sélection d'une compétence ou d'un objet. Vous pouvez également paramétrer la vitesse des combats ; (re)jouez à Final Fantasy IV si vous ne vous souvenez plus de tout ça !
En dehors de ça, le jeu est tout ce qu'il y a de plus classique : vous avez trois commandes par personnage : l'attaque physique, les compétences en solos ou groupées et l'utilisation d'objets.
Les capacités regroupent à la fois des techniques particulières et les magies, mais aussi des attaques d'unisson. Il suffit de remporter des combats pour acquérir des points de compétence, permettant d'apprendre diverses techniques au fur et à mesure (maîtriser un premier sort se fera d'une autre manière, et un personnage peut ne pas être apte à l'apprentissage de la magie). Les attaques groupées nécessitent que deux ou trois des personnages concernés aient leur jauge ATB remplie (ce qui signifie qu'ils sont prêts à l'action) ; ensuite vous sélectionnez avec l'un d'entre eux la compétence, et celle-ci s'exécute pour peu que vous ayez le nombre de Points de Magie requis pour chaque participant. Le "tour" de chaque membre concerné est alors consommé, et une attaque dévastatrice -ou un soin massif- s'exécute.
Le système ne possède donc pas beaucoup de subtilités et le jeu s'avère d'ailleurs moins dur qu'un Final Fantasy de la Super NES. C'est un peu dommage car le rythme (ou l'intensité, si vous préférez) des affrontements en prend un coup ; d'autant que même si les ennemis n'apparaissent pas "aléatoirement" comme on a l'habitude dans un J-RPG, leur arrivée se révèle tout aussi imprévisible au final (lorsque vous marchez, vous entendez un cri... et le combat est engagé !), ce qui peut agacer, par moment.
Conclusion :
Chrono Trigger est un jeu qui trouve son intérêt dans sa rejouabilité ; si vous vous contentez d'une partie (est-ce seulement possible ?), ou pire, si vous suivez simplement le scénario, vous ne l'apprécierez pas complètement. Le jeu demande au joueur un réel investissement -fait bien rare dans les RPG actuels-, et le récompense d'une fort belle manière. Des situations variées, des musiques formidables et un univers complètement fou ; ce sont tout autant de qualités que le jeu peut se vanter d'avoir, encore aujourd'hui. En outre le passage sur DS s'est effectué sans accro, et d'un point de vue esthétique le jeu s'impose d'ores et déjà comme le jeu le plus réussi de la console (le seul -en 2D- à ne pas pixelliser !). Même si le gameplay me déçoit un tantinet, je reconnais très largement les mérites d'un jeu qui, treize ans après sa sortie, s'avère toujours aussi intéressant.
+ Un univers fascinant
+ Scénario très rythmé
+ Excellente rejouabilité
+ Personnages travaillés
+ Musiques enchanteresses
+ Graphiquement intemporel
+ Traduction française réussie
- Faible difficulté globale
- Bestiaire assez peu varié
- Système de combat simpliste
Note Indicative : 16/20