
Lorsqu'un Final Fantasy arrive sur PSP, c'est tout de suite le branle-bas de combat.
Nous nous aiguisons les pouces, achetons le câblage afin que la télé toute neuve accepte de laisser passer les images de la console portable et ce, afin de ne pas se bousiller les yeux avec le nombre d'heures que nous allons passer dessus.
Et surtout, on remplit son frigo d'aliments micro-ondables (frites, pizza, petits plats issus des techniques de recherche agroalimentaires) afin de ne pas crever de faim.
Bref, il y a certainement de l'exagération, mais nous ne sommes finalement pas si loin de la réalité.
Version testée :
Le titre en lui-même ne date pas d'hier, il a connu son heure de gloire sur Playstation en 1997, mais comme nos potes japonais sont de fins égoïstes, ils n'avaient pas cru bon de nous en faire profiter. SquareSoft à l'époque avait certainement d'autres chats à fouetter comme Tobal 2, Bushido Blade, Chocobo no Fushigi Dungeon, Final Fantasy IV, Final Fantasy VII, Front Mission 2... Effectivement, ça fait pas mal de matous.
Mais récemment, dans un élan de suprême générosité, en vu certainement aussi de faire du neuf avec du réchauffé histoire d'arrondir les fins de mois à moindre coût, tout en surfant sur la vague du "si c'est du Square, j'achète", la société nipponne a décidé de pervertir le grand public européen en ressortant cet épisode sur sa console portable.
Enfin, par public européen, comprenez anglophone puisque la traduction s'arrête à la langue rosbeef, point.
Comme nous autres français ne sommes point chatouilleux ou encore anglophobes, nous nous sommes bien entendu tous précipités dans les bacs le jour de sa sortie pour nous emparer de la précieuse copie et découvrir (ou redécouvrir pour les maniaques) ce titre qui est devenu culte pour certains.
L'histoire commence à la fin de la Guerre de Cinquante ans, laissant le royaume d'Ivalice à la merci d'un conflit civil et un roi malade sur le trône. Les guerres de clans s'allument un peu partout dans le pays et la question de la succession du souverain commence à poser problème. Deux héritiers sont en droit de revendiquer le pouvoir royal : Ovelia sa fille et Orinas, son fils. Malheureusement, il existe toujours des seigneurs pour ne pas s'incliner devant les droits du sang et réclamer eux aussi leur part du gâteau. En ce qui nous concerne, ils sont au nombre de deux : le Prince Goltana et le Duc Larg.
Le héros que vous incarnerez dans ce contexte se nomme Ramza, le dernier né de la noble famille Beoulve qui compte trois fils en exercice. Comme tout bon soldat, vous avez suivi votre entrainement à l'épée et êtes devenu une fine lame. Cela tombe bien, vous allez en avoir besoin (et d'un minimum de cervelle aussi).
Le scénario de FFT est largement en droit de figurer dans le palmarès des dix meilleurs jamais sortis, la présence de Yasumi Matsuno aux commandes de l'intrigue n'étant pas étrangère à cet état de fait.
Le style coup de crayon pour les séquences vidéo donne un effet vraiment superbe et est à la hauteur de ce qu'on en avait raconté. Le design des personnages est extrêmement soigné et délicat, du travail d'orfèvre.
Lorsque l'on rentre dans le vif du sujet, la zone de gameplay, là, une certaine déstabilisation est au rendez-vous. Même si les décors sont charmants, nous sentons quand même que FFT accuse le coup de ses dix ans d'âge. Attention, cela ne signifie pas que le jeu soit laid, loin de là (jet de pierre évité), mais comme Square n'a pas eu la bonne idée de vouloir dépoussiérer un peu ses graphismes, nous nous retrouvons devant des personnages et des décors un peu faiblards en détails, un peu trop oldschool dirons-nous. D'un autre côté, la raison de se lancer dans Final Fantasy Tactics est de savourer un titre auquel nous n'avons pas eu accès pendant des années, ne soyons donc pas trop exigeants.
Les animations des magies quant à elles souffrent de quelques ralentissements, le fameux frame rate (le nombre d'images par seconde) ne tenant pas la distance dès lors que les invocations sont trop gourmandes et, très clairement, parfois ça rame sec.
Mais ce désavantage a heureusement l'intelligence de ne pas nuir à l'évolution dans le jeu.
Graphiquement, donc, Final Fantasy Tactics reste à la hauteur de sa légende et ne trahira pas les espérances de ceux qui rêvaient de poser les mains dessus.
Mais dans ce type de jeu particulier qu'est le RPG Tactique, le nerf de la guerre, c'est le gameplay. Deux méthodes s'offrent à vous telles la fille de joie diraient certains vicieux du réseau : la première et la plus répandue étant de bien faire progresser ses personnages, de les former aux quelques 22 jobs qui vous attendent (l'apprentissage de certains étant obligatoire afin de révéler les suivants).
La seconde, nettement plus hardcore, est de ne pas s'apercevoir que la touche "select" sur la carte du monde est là, avec son menu déroulant, vous permettant d'avoir accès à tous les sous-menus. Ne pas repérer ce point de détail vous obligera à progresser sans faire évoluer vos héros avec des points de compétence. Machiavélique, un peu masochiste, mais faisable... Surtout lorsque ce n'est pas fait volontairement.
Il est tout de même plus pratique d'être un joueur discipliné et de bien apprendre toutes ses aptitudes (pousser le bouchon en étant un master partout peu s'avérer sympa aussi...).
Pour qui n'a jamais touché un T-RPG de sa vie, les combats pourront initialement sembler un brin déroutant. Pour commencer, la 3D est une coquine qui s'amusera à vous tordre le cou pour envoyer vos sorts ou attaques sur la bonne case, pensez donc à utiliser vos gâchettes, sauf si votre voeux le plus cher est de jeter votre PSP contre un mur au bout d'une demi-heure.
Pensez également au bouton A, afin de savoir qui va attaquer et quelle action privilégier.
Dernier point, se servir de l'intelligence artificielle est une hérésie, je n'ai toujours pas compris comment elle avait pu être si mal ficelée, car les personnages agissent comme de parfaits imbéciles dès qu'ils sont sous son emprise.
Parlons tactique à présent. L'évolution sur le damier dépend du niveau de vos personnages. En effet, si vous vous êtes amusés à customiser à fond un archer qui se baladait de 8 cases en 8 cases et qui pouvait tirer ses flèches partout où bon lui semblait, et si par malheur, celui-ci venait à se faire laminer, vous devrez retourner en chercher un dans un magasin, mais dont le niveau sera loin d'égaler votre ancien et défunt compagnon, ainsi que son champs d'action, évidement. Solution ultime : sauvegarde avant chaque combat et "reset" si jamais vous vous faites plomber. Simple et efficace.
Deuxième point et non des moindres, vous ne disposez que d'un laps de temps assez court pour ressusciter vos collègues sur le terrain, une sorte de compte à rebours s'incrustant au-dessus de leurs têtes si jamais ils décèdent. Au delà de ce temps imparti, vos camarades se transforment en cristaux et bye bye le chevalier niveau 63 qui massacrait tout à tour de bras.
Autre point potentiellement déroutant pour le néophyte du genre : la linéarité du titre. En effet, vous vous déplacez d'un point A vers un point B, et c'est tout. Difficile de se perdre en court de route. D'un autre côté, le scénario est si bien ficelé que jouer à Final Fantasy Tactics ressemblerait au purgatoire sans ce chemin tout tracé. Car vous l'aurez compris, ce soft se trouve être l'un des jeux les plus ardus qui soit, mais qui mérite bien sa réputation de hit légendaire.
N'imaginez même pas finir le jeu en moins de 100 heures, durée qui comprend les quêtes annexes. Une cinquantaine d'heures devrait toutefois être suffisante en mode Speedy Gonzales, mais c'est à déconseiller si vous souhaitez avoir un niveau raisonnable et surtout, profiter à fond du jeu.
En ce qui concerne l'environnement musical, il n'y a que deux noms à prononcer : Hitoshi Sakimoto et Masaharu Iwata.
Le premier composa pour Vagrant Story, Breath of Fire V, Final Fantasy Tactics Advance, Odin Sphère, etc.. Tous les énumérer prendrait un temps et un nombre de lignes considérables, peaufinez donc votre curiosité sur le site officiel du compositeur.
Le second quant à lui, a oeuvré sur Children of Mana, Final Fantasy XII, Stella Deus et, comme son précédent collègue, cette liste est loin d'être exhaustive.
Avec deux bonnes fées pareilles penchées au dessus de son berceau, le titre ne pouvait que posséder une bande originale exceptionnelle.
Conclusion :
Si vous ne l'avez toujours pas acheté et que vous tripotez votre porte-monnaie ou votre carte bleue d'un air indécis en le regardant sur le présentoir, sachez que votre PSP ne saurait se passer de Final Fantasy Tactics.
Celui-ci est en effet un jeu d'exception même si Square a un peu bâclé le travail concernant les améliorations qui auraient pu être apportées lors du portage. Il serait cependant impossible de tourner le dos à ce T-RPG sur ce seul principe.
+ Durée de vie à rallonge si l'on veut exploiter le système des jobs à fond
+ Prise en main immédiate
+ Les cinématiques sont un délice sans équivalent dans leur style et le chara-design des personnages est d'une finesse hallucinante.
+ Deux noms et c'est tout : Hitoshi Sakimoto et Masaharu Iwata pour la bande son, cela se passe de commentaire.
- Non traduit, le jeu n'est donc pas accessible aux profanes, ni même aux niveaux moyens d'anglais, vu la complexité de langage de son scénario.
- Une 3D et une caméra parfois épouvantables pendant les combats.
- Par principe : c'est du foutage de tronche de ne pas l'avoir publié en français (mais cela reste une impression parfaitement subjective), car il est vrai qu'Ubisoft et Square Enix n'ont pas les moyens de leurs ambitions.
Note Indicative : 16/20
Seule la question de la langue me pose problème, j'ai entendu dire qu'effectivement c'était plus "un anglais littéraire" que l'habitude dans le jeu vidéo (apparemment ç'aurait même été retravaillé pour la version PSP, peut-être pour être en phase avec Final Fantasy XII ?), d'où une petite appréhension de ma part à lancer la partie. Mais ça se fera un jour, c'est certain.