
Portage PSP d'un jeu sorti en 2007 sur PS2 au Japon, Mana Khemia : Student Alliance reprend les concepts de RPG habituels (évolution de statistiques, équipements d'armes et protections...) en les mêlant à deux éléments qui le distinguent : d'une part, l'importance de l'alchimie (la création par vous-même de vos propres objets), et d'autre part une vie étudiante sur un campus a priori tout ce qu'il y a de plus conventionnel... Exceptés des professeurs à l'esprit suffisamment tordu pour transformer une leçon à première vue banale en un véritable calvaire, sans compter les étranges rumeurs prétendant que des fantômes hantent les lieux... Une chose est sûre : en entrant à l'académie Al-Revis, vous n'allez pas vous ennuyer.
Version testée :
L'histoire débute lorsqu'un solitaire du nom de Vayne Aurelius se voit offrir l'occasion de rejoindre l'académie d'alchimie Al-Revis. Un professeur vient chercher le jeune garçon qui se trouve avec son Mana (sorte d'esprit protecteur), et lui donne rapidement quelques détails avant de prendre congé. Quelques temps plus tard, notre apprenti alchimiste commence sa première année d'étude à Al-Revis...
L'intrigue demeure tout du long relativement simple : le jeune garçon semble souffrir d'amnésie, et ne se souvient ainsi plus de ses origines. Les trois prochaines années vont lui permettre d'en apprendre plus sur lui-même. La part d'humour est importante dans l'intrigue : bien vite, Vayne va se faire bon nombre d'amis et la formule "plus on est de fous, plus on rit" s'applique alors à merveille. Le moindre petit PNJ peut révéler le côté décalé de l'ensemble ; clairement, le jeu ne se prend pas au sérieux. Pour notre plus grand plaisir.
À la sortie sur PS2, NIS America avait conservé les voix japonaises, tout en doublant une partie des scènes en anglais (mais pas pas l'intégralité). L'UMD étant forcément un espace de stockage plus limité, seuls les acteurs états-uniens sont audibles sur PSP (en version US/PAL) ; c'est dommageable dans le sens où les acteurs originaux étaient réellement impliqués dans leur travail, et qu'on prenait d'autant plaisir à les entendre, que les occasions pour cela étaient nombreuses !
Au niveau musical vous ferez vite connaissance avec le savoir-faire de Gust : c'est varié, avec une musique pour chaque situation impliquant en particulier un personnage de l'équipe (huit en tout). Les thèmes de l'académie changent avec les années ; en clair chaque passage de l'histoire est parfaitement retranscrit par le fond sonore.
Les titres de Gust sont également connus pour leurs nombreux portraits de personnages “mangas”, ainsi que pour leur 2D détaillée et colorée. Les décors s'offrent même le luxe d'avoir du relief dans ce Mana Khemia : Student Alliance. On regrettera juste que certains paysages se ressemblent, et dénotent d'un léger manque d'originalité...
Je vais maintenant m'attarder sur la structure du titre. Chaque année est découpée en chapitres, qui débutent par un évènement la première semaine, la suite étant consacrée aux études. Les élèves peuvent choisir le cours auquel ils souhaitent assister, et à l'issue duquel ils se verront confier une mission. Cela va de la collecte d'objets à l'élimination de monstres, en passant par la synthèse d'un item bien particulier.
Vos prestations sont notées selon divers critères, et vous devez valider un certain nombre d'unités sur une période. Si vous manquez à cela, vous resterez en retenue sur votre temps libre afin d'effectuer des travaux supplémentaires vous permettant de gagner les points manquants. En fin de chapitre, vous affronterez généralement un boss et visionnerez quelques scènes. Voici pour l'organisation générale, qui comporte son lot de subtilités.
Les leçons portent sur plusieurs matières différentes, et servent d'introduction aux missions données. On peut ainsi suivre des cours de minéralogie, d'alchimie, d'apprentissage sur les techniques de combats... Même si tout cela peut sembler très “sérieux”, on passe rapidement à l'action : le professeur donne un objectif à atteindre, et éventuellement des contraintes. La nature de la mission varie non seulement avec le sujet abordé, mais aussi parfois avec l'humeur de l'enseignant...
Avant la conclusion d'un chapitre, vous pouvez profiter d'un peu de temps libre pour faire ce qui vous plaît. Le plus intéressant réside dans les character quests : chacun des membres de l'équipe possède un certain nombre de scènes à "partager" avec Vayne, renforçant par là-même l'affinité entre les concernés.
C'est notamment dans ces situations-là que le doublage original s'avère si poignant... On en apprend un peu plus sur nos équipiers et c'est souvent très farfelu, ce qui renforce le côté absurde du jeu. On ne peut voir qu'un camarade par semaine de libre, et si vous avez visionné toutes les séquences d'un protagoniste vous aurez droit à une scène supplémentaire à la fin du jeu (si cela n'est réalisé avec aucun personnage, vous obtiendrez la bad ending).
Enfin, avant d'accomplir une character quest il est également possible d'accomplir un job, proposé sur un tableau par des PNJ. Cela peut consister à ramener au client un objet, éliminer un monstre... Les ennemis en question sont en général assez forts, et il vaut mieux se préparer convenablement.
Pour parler de l'exploration, on en vient naturellement à s'intéresser à l'alchimie, point central du soft. Cela consiste en la récolte d'objets en vue d'en réunir certains selon un recipe, vous permettant ainsi de créer un nouvel item (quelle que soit sa nature : à usage limité, pièce d'équipement...).
Lors du mélange il faut prendre en compte un paramètre important, l'ether level : une caractéristique intrinsèque à tout objet, qui détermine sa qualité. Ainsi lorsqu'on tente de mélanger nos "ingrédients", leurs niveaux vont déterminer celui de l'objet crée. En dehors des équipements (pour lesquels le processus est alors terminé), il y a possibilité de modifier ce niveau durant le mixage. Tout d'abord le premier objet que l'on a sélectionné apparaît sous forme de carte, dont la couleur indique l'élément. Puis une roulette commence à tourner, affichant différentes icônes colorées. Chacune d'entre elle renvoie à un des éléments existant, et il faut donc faire s'arrêter la roulette en concordance avec l'élément de l'objet sélectionné (afin d'augmenter le niveau). Le processus se répète pour chaque objet impliqué dans le mélange. Sachez qu'il est également possible de demander de l'aide à un camarade (les effets disponibles changent à chaque coup).
Enfin, chaque objet possède des propriétés comme une petite addition de points de vie, ou encore une augmentation du taux de critique... Il ne reste plus qu'à combiner les propriétés selon son désir, en vue de former des équipements customisés à sa convenance.
Ce qui rend l'alchimie si importante, ce sont les Grow Books ; ils régissent l'évolution des personnages (finis les points d'Expérience ici). Cela se fait en deux temps : d'abord il faut remporter des combats, afin d'engranger quelques AP. Ensuite lorsque vous créez un objet par alchimie, si celui-ci possède une case sur le Grow Book, elle peut être activée et vous permettre (moyennant quelques AP) d'apprendre de nouvelles compétences, voire d'augmenter certaines caractéristiques d'un personnage (chaque Grow Book est individuel).
Il existe cependant certaines limites au système, qui rendent son exécution bancale. D'une part il ne suffit pas de créer un objet se trouvant sur une grille pour activer la case correspondante. Chacune de celles-ci forme une connexion en étant activée, et seules les cases connectées sont déverouillables. En pratique, cela a pour conséquence de faire stagner l'évolution des personnages durant tout un passage du jeu ! Le soft est donc assez difficile en début de partie. Mais lorsqu'on trouve enfin l'objet qui manquait pour relier deux cases, une dizaine d'autres s'activent en cascade. Par la suite, toute pratique basique de l'alchimie provoque le même effet à quelques reprises encore : et la difficulté du jeu chute brutalement...
Malgré ce problème le jeu demeure addictif, pour peu que l'on apprécie l'ambiance générale. Car entre remplir ses Grow Books et organiser ses excursions, il y a de quoi faire. Dans Mana Khemia : Student Alliance, vos ennemis sont visibles directement sur la carte, vous permettant d'engager le combat selon votre envie. Attention cependant, si la journée n'a pas été suffisante pour trouver son bonheur il faudra peut-être rester combattre à la belle étoile... Si les créatures sont relativement "paisibles" avant le coucher du soleil, le soir les transforme en véritables boules de nerfs ; cela se traduit par des mouvements plus rapides sur la carte, et des combats à la difficulté accrue. Et je pèse mes mots.
Lorsqu'une bataille est lancée, l'écran change rapidement et notre équipe (de trois personnages) se retrouve face à ses opposants. Il existe les options classiques telles que l'attaque, l'utilisation de skills (compétences) ou d'objets...
Le tour de chacun des belligérants est indiqué par une Battle Card. Ces mêmes cartes permettent de vérifier la cible d'une attaque/magie. La jauge dans le coin inférieur gauche de l'écran se remplit lorsqu'un coup est porté à l'adversaire par exemple (davantage si l'on a touché une faiblesse), et lorsqu'elle est pleine le Burst Mode est activé. La force de nos protagonistes est alors décuplée et une condition s'affiche à l'écran. Si vous décidez de suivre celle-ci, un personnage pourra utiliser un coup surpuissant ; en contre partie, ceci annulera immédiatement le Burst Mode. La jauge de Burst se remplit à une vitesse juste convenable, vous obligeant à trouver les faiblesses de l'ennemi pour les exploiter.
Et les combats ne perdent pas en dynamisme pour autant. Si techniquement seuls trois personnages peuvent participer, une seconde formation peut servir de soutien, et ses membres sont utilisables au besoin. Il suffit que la Battle Card les représentant (coin supérieur droit de l'écran) soit entièrement colorée : cela signifie qu'ils ont terminé de reprendre des forces (régénération des points de vie et de magie), et qu'ils sont disponibles. Il est alors tout à fait possible d'attaquer l'ennemi, et de faire venir aussitôt un ou plusieurs camarades sur votre pauvre cible pour renforcer l'attaque. Le dernier arrivé prendra alors place dans l'arène. Tout ce système rend les combats normaux particulièrement rapides, et il se révèle souvent indispensable de l'exploiter pleinement lorsque vous affronterez un boss.
Ajoutez aux combats et à l'alchimie différents passe-temps comme la pèche ou la culture de divers fruits et légumes, et vous obtenez trois années bien remplies de rires et d'action (et un peu studieuses aussi, quand même). Une première partie devrait vous prendre au minimum une cinquantaine d'heures, et un New Game + permet de recommencer l'histoire. On conserve alors les bonus débloqués dans les Grow Books (il faut cependant recréer les objets), et un donjon bonus se débloque pour les amateurs de challenge. Je précise ma pensée : les ennemis qui s'y trouvent ne subissent qu'un point de dégât, quelle que soit l'attaque (sauf s'il s'agit d'un coup critique). Bon courage pour ceux qui veulent tenter l'expérience... On peut reprendre une partie avec plaisir, du fait qu'il est impossible d'accomplir toutes les character quests d'un coup, et qu'il reste donc à découvrir une fois le titre terminé. Mais c'est tout de même un peu dommage finalement, car sans avoir à tout refaire cela demeure pénible de refaire le jeu autant de fois qu'il y a de personnages...
Conclusion :
L'académie Al-Revis n'est semblable à aucune autre, c'est certain. Animée à tout moment et en tous lieux, vous y ferez les rencontres les plus improbables. La mise en pratique de votre savoir s'avère rythmée et remplie de moments difficiles à prévoir. Il faut en effet prendre en compte un nombre croissant de paramètres pour assurer toute progression : d'abord l'alchimie, puis les Grow Books et enfin votre formation. Tout ceci étant lié, la stratégie occupe une part importante dans l'organisation de vos aventures. Mais il ne faut pas oublier de prendre du bon temps entre étudiants, et il est donc tout aussi vital de consulter vos camarades afin de mieux les connaître, et probablement rire un bon coup avec eux.
La note que j'attribue au titre de Gust ne prend compte que de mon expérience de l'édition PS2, disponible comme pour la PSP en version PAL depuis la mois de mars 2009 (la distribution en France n'est cependant pas certaine). Je vous invite à consulter la partie “Caractéristiques de la version PSP” pour vous faire une idée précise de ce que vous allez “manquer” en jouant à cette version.
Cependant au vue des qualités du titre de Gust, j'estime que l'objet premier de cet article est de vous faire part de ce qu'est le soft original (tout en sachant que si vous découvrez le jeu sur PSP, le choc ne devrait pas non plus être réellement perturbant) ; pour ceux qui désirent importer, la version PS2 du Royaume-Uni est jouable sur vos consoles PAL.
Mana Khemia ~Alchemists of Al-Revis~ (titre de l'édition PS2) représente mon coup de coeur RPG de l'année 2008, et à ce titre, je vous souhaite à tous de passer un excellent moment dessus.
+ Énorme travail sur l'ambiance (character design, textes, doublages)
+ Difficulté pendant les deux tiers du soft
+ Bonnes durée de vie et replay value
+ Le Gameplay riche et addicitf
+ Un rythme de jeu soutenu
+ Des pistes mémorables
- Les Grow Books mal pensés
- Conversion PSP qui laisse à désirer
- Finir le jeu plusieurs fois pour avoir tout vu
- Un développement un peu simple de l'histoire
Note Indicative : 18/20
- la première est l'opening du jeu en version PS2 (identique sur PSP)
- la deuxième est une excellente trouvaille (je remercie klamafutra pour un enregistrement d'une telle qualité visuelle et sonore) de la version US sur PSP ; je vous recommande chaudement de la visionner, une fois le test lu.
Bon nombre de points éventuellement restés obscurs devraient apparaître plus explicites ainsi. Aux environs des cinq minutes de trailer, vous aurez également un bon aperçu de l'humour dans le jeu (regardez donc la tête du monstre en combat...) !
- enfin la troisième vidéo est une promotion du jeu sur PS2, qui démystifie autant que possible le système de Grow Books.
J'espère que cette sélection vous permettra d'y voir plus clair sur certains aspects du soft. Je remercie Tifa pour la bannière du test, et Rukia pour les images ! Voilà qui rend la lecture un peu moins triste *_*
Ais-je donner envie à certains de découvrir le titre ? ^^