
Final Fantasy... avec ce titre si simple, ce sont des millions de joueurs qui ont plongé dans l'univers très fermé des RPG. Mais comment un tel soft, à l'heure des effets 3D renversants, des morphing à se damner et autres prouesses techniques, a-t-il réussi à entrainer dans son sillage toute cette communauté de fous furieux ; ceux-là même, qui collectionnent sur leurs étagères tous les opus de la célèbre saga dont le treizième est sur le point de voir le jour sur les consoles New Gen ?
Version testée :
Avant d'en arriver à cette gloire, il a fallut une genèse, la première dose d'une drogue qui, à ce qu'il semble, rend dépendant bien plus que de raison.
C'est en 1987 qu'une boîte japonaise sans envergure, répondant au nom obscur de SquareSoft décide de sortir un jeu, le dernier avant de déposer le bilan puisque l'entreprise est exsangue suite à la déferlante Dragon Quest par... Enix ! Tiens, il semble que tout ceci rappelle quelque chose, mais nous n'en sommes pas encore là. La petite firme se lance alors un challenge : développer un jeu dont la mission serait de renouveler une fois pour toute le genre RPG.
Travaillant principalement avec le géant de l'époque, Nintendo, c'est donc sur NES (Famicom) que SquareSoft sortira son jeu en misant toutes ses dernières billes. La suite, tout le monde ou presque la connait : avec l'explosion des ventes, Final Fantasy connait un succès sans précédent dans l'univers du jeu vidéo de l'époque et propulse ses développeurs au firmament de la gloire, petit à petit.
Il était donc prévisible que la sortie sur PSP de Final Fantasy Anniversary soit attendue au tournant.
D'autant que Square Enix et Ubisoft (éditeur pour l'Europe) s'étaient déjà amplement chargés d'une communication à la hauteur de l'évènement. Imaginez : tout nous avait été promis, des graphismes améliorés aux nouvelles cinématiques, en passant par les donjons supplémentaires, même la langue de Molière était au programme. De quoi nous mettre des étoiles pleins les yeux, genre le loup de Tex Avery devant Jessica la pin-up.
Alors, au final, qu'en est-il vraiment ?
Le moins que nous puissions dire, c'est qu'en 1987, le concept scénaristique était pour le moins... sans surprise. À l'image de Dragon Quest, les héros de Final Fantasy se retrouvent à débuter leur aventure dans un monde où cohabitent des nains, des elfes, des méchants très vicieux, des princesses très courges qui se font enlever et qu'il vous faut libérer tout en prenant soin (pour la peine) de collecter des cristaux qu'un heureux hasard à bien dispersé partout afin de vous débarrasser du vilain de l'histoire. C'est un peu parodique, mais au moins, nous ne risquons pas de perdre le fil. De toute manière, l'histoire des héros est sans importance puisque nous ne savons rien d'eux, seulement qu'ils sont les élus chargés de réunir les minéraux magiques au nombre de quatre.
Dans la version PSP rien ne change, on prend les mêmes et on recommence. Résultat logique puisqu'il s'agit là d'un simple portage amélioré et non d'une réédition du titre possédant des exclusivités au niveau de l'histoire.
Entamons donc le vif du sujet, lançons l'UMD et voyons ce que l'ancêtre a dans le ventre.
Une belle cinématique ouvre le bal dans un combat épique entre un dragon et un chevalier. Une fois le monstre occis, vous êtes mis face à un très joli cristal et... c'est tout. Le reste, vous devez déjà le connaître : donjons en pagaille, pierres à retrouver, leveling et achats de matériel, monstres, villages à traverser, énigmes, etc..
Graphiquement maintenant : le retour en arrière fait mal, il ne faut pas le cacher. La faute n'incombe pas au jeu, mais aux prouesses technologique actuelles qui nous ont fait oublier que les premiers RPG étaient assez semblables à des plateaux de Lego sur lesquels évoluaient des personnages réduits à leurs caractéristiques physiques les plus sommaires. Il n'en reste pas moins que cet environnement est attachant dès les premières minutes, et qu'il est aisé de s'y laisser prendre sans sourciller. Les évolutions graphiques promises par Square Enix se résument quant à elles à un simple lissage des textures, ce qui, comparativement à des screens de la version de GBA, pourrait presque sembler inutile, mais il faut bien justifier ce portage par quelques "améliorations". En ce qui concerne les rares cut-scènes, même constat, rien n'a été apporté ni rajouté. Il en va de même en ce qui concerne les cinématiques ; vous en aurez une au début et c'est tout.
Pour les effets de magie, soyons généreux, quelques éclairs et bulles de vie lumineuses en plus, un joli effet de flou pour les bons gros sorts de brasier et un clignotement de l'ennemi lorsque vous avez tapé un peu plus fort que prévu... Sans oublier le découpage en lamelles dès qu'un méchant est mis au tapis.
Donc, vous l'aurez compris, dans les améliorations promises par Square Enix, le compte n'y est pas. Mais qu'importe, le jeu à lui seul pardonne les premiers mensonges d'un éditeur qui n'a pas fini de nous surprendre au long de ce test.
Oh merveille des merveilles, Ubisoft et Square Enix l'avaient promis, nous allions avoir notre Final Fantasy en français. Du reste, la gageure était facile à tenir, le jeu avait déjà été traduit sur GBA, il suffisait juste de bien négocier les droits d'exploitation de cette version... Attendez, qu'est-ce que l'on nous dit à l'oreillette là : "Regardez derrière la boîte !". Regardez derrière la boîte, eh bien quoi ? Qu'est ce qu'elle a la boîte ? Elle est écrite en français non ? Nous avons bien le one player, le stockage Memory Stick Duo, le PEGI et... Oh ! Un magnifique, splendide, inattendu, légendaire, inconcevable : JEU EN ANGLAIS. MANUEL EN FRANCAIS !
N'ayons pas peur de le dire, nous avons été pris pour des cons dans les grandes largeurs sur ce coup-là. Car oui mesdames et messieurs, Final Fantasy Anniversary sur PSP n'est pas Final Fantasy sur GameBoy Advance, d'ailleurs le joueur de chez Sony est un veau c'est bien connu ! Donc, basta la traduction, ce serait du temps perdu pour des français qui de toute manière ne prendront pas le temps de lire plus loin que le résumé du jeu en français. Bingo !
Cela respire tout de même pour le moins l'escroquerie ou, au mieux, un problème de communication entre Ubisoft et Square Enix. Il est presque impossible que le premier n'ait pas pensé au public français (rappelons que la société est française à l'origine). Donc pour 32€, nous aurons le droit à du rosbif pour le dîner. Bref, passons sur ce second mensonge, et attaquons-nous à la suite, à savoir ce fabuleux gameplay.
Il est clair qu'acheter Final Fantasy Anniversary pour ses graphismes tient de l'humour le plus profond. Ce que nous voulons, c'est sentir au bout de nos doigts ces combats au tour par tour, ces menus à entretenir, classer et utiliser. Le bonheur sans fin d'acquérir la magie Diara ou Flare et d'envoyer ad-patres le pauvre hère qui ne sait pas ce qui l'attend du haut de ses tentacules ou de ses écailles de dragon, flanquer des entailles avec une Masamune ou une Excalibur au top de leur forme. Et n'oublions pas le sacro-saint leveling, le comptage de points d'XP pour passer le niveau suivant, le repérage des endroits où les monstres rapportent le plus et le temps passé à massacrer tout ce qui bouge à côté d'un village pour s'offrir l'équipement des boutiques. Un pur bonheur, surtout lorsqu'on imagine que ce système est à l'origine de tous les autres titres de la saga.
Lors du lancement du jeu vous aurez le droit, dernière vanne de Square et Ubi, de choisir entre les textes en anglais, en kanas japonais ou bien en japonais tout court... C'est sympa, ça laisse un léger sourire, inutile de vous le cacher.
En ce qui concerne l'organisation de votre équipe, vous devrez choisir quatre personnages entre le guerrier, le mage rouge, le mage noir, le mage blanc, le moine et le voleur. Un choix à méditer car ces catégories ne pourront apprendre toutes les magies ; laissez faire le hasard ou bien prenez le mage rouge sans hésiter, ce mec est un vrai couteau-suisse.
Après leur avoir infligé les noms d'usage, vous êtes lancé dans l'aventure. Les soluces pullulent sur le web, inutile donc d'en faire une énième. La prise en main est immédiate et il n'est pas nécessaire de posséder des bases élevées en anglais pour comprendre ce qui va vous être demandé. Vous allez évoluer de missions en missions, de donjons en donjons à la recherche des boss à affronter pour collecter les précieux cristaux élémentaires.
Question difficulté, c'est la franche rigolade il faut l'avouer. Vous aurez bien quelques pertes, mais pour un éventuel game-over, il vous faudra attendre le boss de fin.
Première surprise à laquelle il fallait tout de même s'attendre après cette série de petits outrages faits aux joueurs : les donjons cachés sont bien ceux de Soul of Chaos, comme dans la version GBA et sont toujours au nombre de quatre.
Deuxième surprise : le mini jeu du puzzle casse-tête accessible lorsque vous rentrerez en possession du bateau est lui aussi présent en restant appuyé sur O pendant que vous tapoterez 23 fois la touche X.
Et la troisième, bonus suprême, la tombe de ce cher Link dans l'un des villages. Cette épitaphe, il va vous falloir la chercher, car on ne va tout de même pas tout vous dire !
Encore une fois, le jeu se retrouve plus méritant que ses donneurs d'ordre, c'est à ne pas y croire mais c'est ainsi...
Enfin, le sujet entre tous, la bande musicale des origines. Aucun thème ne vous sera étranger, ils sont au nombre de 39. Parmi les plus connus : Prelude, Opening Theme, Main Theme, Airship, Battle, Victory, The Lute, The Ruined Castle (thème repris dans FFX) et bien entendu... Fanfare !
A l'origine de ces merveilles, le fabuleux Nobuo Uematsu qu'il est inutile de présenter plus avant, il est aussi connu que Mona Lisa.
Reste le grand problème de la durée de vie. Il est difficile de demander l'impossible à papy, qui est le premier de sa série après tout. En prenant le temps d'arriver au level 54, en remplissant les donjons "bonus", en caracolant à droite et à gauche, difficile de faire plus de 35 heures (pour être plus précise, 34H32).
Et alors, si vous suivez en ligne droite la quête de base... je vous laisse calculer.
Conclusion :
Alors en conclusion de ce pavé, n'achetez pas Final Fantasy Anniversary sur PSP.
Square Enix et Ubisoft se sont ouvertement payés la tête des joueurs français, relançant sur la portable de Sony un titre dont vous aurez les deux premiers épisodes et la console (GBA) qui va avec pour le même prix que deux jeux PSP et en français.
Moralité : vous devez absolument posséder ce titre, mais pas dans cette version, car le rapport qualité-prix est une véritable escroquerie.
Note Indicative : 15/20