
Ce n'est pas tous les jours qu'un conte de notre enfance se voit adapté en jeu vidéo. Alors quand en plus, les développeurs font le pari d'en faire un RPG... Sorti sous l'anagramme RIZ-ZOAWD (pour WIZARD) au Japon, le soft de Media Vision n'a pas eu le succès escompté. Il faut dire qu'on a vu plus évocateur comme titre pour un jeu. Fort heureusement, il se trouve que l'histoire se passe aux États-Unis ; et comme le Magicien d'Oz y possède tout de même une certaine renommée, XSEED Games a jugé bon d'offrir aux anglophones une version accessible du dernier-né du studio à l'origine des Wild ARMs. Grand bien leur en a pris...
Version testée :
Tout le monde connaît l'histoire de Dorothy du Kansas, ne serait-ce qu'un petit peu. Il s'agit d'une jeune fille vivant seule (dans le jeu de Media Vision) avec son chien Toto. Les journées passent les unes après les autres, et si ses parents décédés lui manquent un peu, elle vit sa vie sans autre préoccupation. Jusqu'au jour où une gigantesque tornade menace au beau milieu de la nuit, et finit par emporter la pauvre Dorothy et Toto dans sa folle course.
Nos deux compagnons se réveillent dans une contrée qui leur est inconnue. Une voix majestueuse s'adresse à la jeune fille, l'informant qu'elle se trouve dans le Pays d'Oz, un lieu où la magie est tellement présente qu'il est impossible pour un étranger de s'y déplacer. Le mystérieux personnage fait promettre à Dorothy de le retrouver dans son château, en échange de quoi il lui fait don de chaussures magiques, lui donnant ainsi accès aux moindres recoins de la contrée. La jeune fille, en route vers le palais, fera la rencontre de trois compagnons : un épouvantail en quête d'un cerveau, un lion trop timide pour être effrayant, et un étrange être de métal qui voudrait posséder un coeur. Une fois en présence du Magicien d'Oz qui l'a invoquée, Dorothy se voit confier la mission de vaincre les quatre sorcières du royaume (chacune étant associée à une saison du calendrier) et de récupérer leurs oeufs magiques.
L'intrigue du jeu n'a pas pour but d'être remplie de rebondissements. Elle se distingue par d'autres qualités à commencer par son authenticité. Par exemple dans le prologue, Dorothy vit de manière insouciante avec son chien. Lorsqu'elle est emportée par la tornade, peut-être par peur de mourir, elle repense avec émotion à ses parents ("Vous me manquez tellement... !"). On peut sentir toutes les émotions de Dorothy grâce à cette narration un peu particulière : les dialogues importants sont souvent écrits de manière indirecte et accompagnés de grands artworks. Ceci permet d'exprimer les sentiments des personnages simplement, et surtout avec beaucoup d'humour. Même si le déroulement de l'intrigue est des plus prévisible, l'ensemble évolue donc avec une grande justesse ; les changements d'artwork et surtout de musique (les effets sonores ne sont pas en reste) en fonction de la situation dynamisent le récit au rythme des évènements.
The Wizard of Oz tire indéniablement son épingle du lot du côté artistique. Outre ces séquences narratives superbement mises en scène, le soft est modélisé en une 3D que l'on n'aurait osé imaginé sur DS. Ici, pas de kawaï ou de SD : votre avatar est de taille "réaliste", et les différentes parties de son visage sont bien identifiables. Les décors fourmillent de couleurs et de détails, et font preuve d'une réelle diversité, puisque l'on traverse littéralement les quatre saisons en les parcourant. La distance d'affichage est excellente, mais c'est surtout le réalisme des animations qui force le respect : citons le cas des vagues qui s'abattent sur les rochers tout près de la plage... C'est un véritable plaisir de découvrir chaque nouvel environnement, d'autant que Sakimoto nous propose des thèmes enchanteurs. Une musique est très rarement ré-utilisée d'un donjon à l'autre, ce qui accroît l'impression de diversité de l'ensemble. À noter que pour la localisation, XSEED a conservé l'opening (RIZ-ZOAWD), que l'on peut donc écouter à loisir en lançant le jeu. Pour finir, les pistes de combats ont une touche épique bien trouvée ; en clair l'auteur signe là une grande réussite.
Mais alors, comment se déroule The Wizard of Oz ? Car vous l'aurez vite remarqué en démarrant, le soft n'accepte rien d'autre que le stylet pour entrer une commande. Les déplacements reposent en fait sur la trackball ; située sur l'écran tactile, il faut la faire tourner pour que les chaussures magiques entraînent Dorothy à toute vitesse dans la direction voulue. Si vous désirez vous arrêter, tourner dans l'autre sens ; notez la petite animation, vraiment drôle, lorsque Dorothy est stoppée à vive allure... Sur les côtés, vous pouvez appuyer sur des flèches afin de faire tourner la caméra ; cette fonction sert en fait très peu puisqu'elle n'est pas vraiment utile (on voit généralement directement les chemins qui s'offrent à nous), et surtout très lente dans son exécution.
Il est également possible, lorsque vous vous déplacez, de consulter à tout moment le menu (icône sur la gauche de la trackball). Vous pourrez ainsi vérifier le statut de chacun des protagonistes, mais aussi utiliser des objets de soin ou changer d'équipement (tout cela s'achète auprès du Magicien d'Oz). De l'autre côté de la petite balle, vous trouverez un bouton d'action contextuelle. En général il permet à Dorothy de jouer avec Toto (qui pourra à l'occasion apprendre une nouvelle "pirouette", qu'il effectuera si vous restez en place quelques instants) ; mais il est également possible de parler à une personne en s'approchant d'elle, ou d'activer un interrupteur. Au fur et à mesure de votre progression, vous obtiendrez différents esprits élémentaires, qui vous permettront de réaliser des actions spécifiques en certaines occasions (détruire un mur vous barrant la route, assécher une fontaine...). Si le gameplay n'a pas à rougir du côté de l'exploration, on peut en revanche regretter que Toto ne soit pas mis à contribution pour aider l'héroïne à parcourir la route de briques jaunes. Si un jeu comme Haunting Ground n'a pas grand chose avoir avec le titre de Media Vision, il illustre ce que peut donner la considération du fidèle ami de l'homme en terme de gameplay
Si l'on est en droit d'être sceptique concernant la trackball a priori, elle se révèle en fait très efficace ; il y a bien des fois où Dorothy s'arrête sans que l'on ait franchement voulu stoppé le mouvement, mais dans l'ensemble le système fait gagner un temps précieux. Car les donjons sont assez nombreux et surtout longs à parcourir. On pourra reprocher l'aspect "couloir" que prennent paradoxalement tous les environnements extérieurs, bien que ce qui dérange le plus soit la répétition inlassablement du même type de configuration pour un lieu donné ; mais de toute évidence ceux qui aiment se promener dans de vastes plaines se trompent de console en choisissant la DS. Et si The Wizard of Oz est linéaire, cela ne l'empêche pas de ramifier de plus en plus ses parcours. On pourrait ainsi craindre une navigation inutilement fouillie, il n'en est rien ; les développeurs ont pensé à cela ! À la plupart des intersections figurent une ou plusieurs pancartes vierges, qu'il appartient au joueur de renseigner. Parmi cinq symboles, il y a de quoi faire, et comme le dit le jeu, le sens des symboles dépend entièrement de vous. Ainsi même s'il est impossible de progresser à un moment donné, il suffit de le préciser sur la pancarte, et une fois la solution trouvée, on pourra s'y retrouver sans aucun mal. Inutile de préciser que ce système, utile pour la quête principale, aide beaucoup pour ceux qui souhaitent revenir dans les donjons par la suite...
Car outre d'éventuels coffres oubliés, il est plus qu'utile de trouver les 3 Pères Dragons cachés aux quatre coins du pays. Si apprendre de ces maîtres du combat relève en théorie de l'optionnel, les bénéfices ne sont pas négligeables, puisque la commande Skill est alors débloquée. En effet, c'est un petit peu étrange venant d'un RPG, mais les techniques et autres sorts ne s'apprennent pas avec les montées de niveau, mais en combattant des boss optionnels ! Chaque protagoniste maîtrise différents types de sorts, en fonction de sa spécialité. Mais s'ils vous paraissent extrêmement faibles au cours de vos batailles avec eux, ne vous y trompez pas : une fois qu'ils vous auront transmis leur savoir, ils vous proposeront un combat "pour le fun"... Pour le plaisir de vous écraser, oui ! Tous 3 bien plus puissants que le boss final, ils réservent un mauvais moment aux plus hardcore gamers d'entre nous. Sans parler de cet étrange fantôme noir qui rôde de temps en temps dans les niveaux...
The Wizard of Oz étant un RPG, il est par conséquent rempli de batailles à remporter. Première chose à noter : leur déclenchement n'est pas aléatoire, puisque les monstres sont visibles sur le terrain. Un bon point pour les blasés de rencontres à haute fréquence. Ensuite, on constatera bien vite que pour afficher les statistiques (PV/PM) de tous nos personnages, le seul écran du haut ne suffira pas. C'est normal ; en fait, vous ne pouvez utiliser plus de trois membres de l'équipe par tour de combat. Explications : 4 "ratios" sont alloués à chaque groupe (allié comme adversaire) par tour. Dorothy et l'épouvantail, pas les plus costauds de la joyeuse troupe, ont tous deux besoins d'un ratio pour agir une fois ; en revanche le lion, déjà plus puissant, en nécessite deux ! Et ne parlons pas de notre armure ambulante, dont la force colossale vient au prix de 3 ratios pour une action. La suite, c'est de l'arithmétique : vous pouvez faire agir uniquement Dorothy ou l'épouvantail, combiner leur tour, inclure le lion... Au total vous ne pouvez utiliser davantage que les 4 ratios, vous aurez donc plus ou moins d'opportunités pour attaquer en fonction des personnages choisis. La sélection peut être modifiée à chaque tour, et elle a cela de pratique, que les membres inactifs ne peuvent pas subir d'attaque directe. Il est ainsi possible de faire se retirer un personnage épuisé, le temps que ses compagnons le soignent ; attention néanmoins, le poison n'épargne personne, et en plus d'avoir des effets dévastateurs, il est mortel dans ce jeu.
The Wizard of Oz pourrait être considéré comme un RPG "light", puisqu'il se joue de manière particulièrement aisée ; en effet, dès que vous avez choisi vos combattants, des commandes sont suggérées par l'ordinateur, et vous êtes libre de les confirmer par un simple coup au stylet. Mais les propositions de la console n'arrangeront pas toujours les plus pointilleux ; si un ennemi peut être abattu en quelques coups et que vous avez des membres valides, inutile de perdre un objet pour soigner une altération d'état, par exemple. Il est donc possible de modifier les actions manuellement. On retrouve alors les commandes classiques (attaque, skills, garde et objets), si ce n'est que l'une d'elle n'est pas accessible à moins d'affronter les Pères Dragons. L'ordre d'action est déterminé par l'agilité des différents belligérants, et lorsque que des monstres sont groupés, vous ne pouvez malheureusement pas sélectionner avec précision votre cible : les coups seront portés de manière à vaincre un ennemi à la santé déjà entamée. Si cela ne pose pas de problème dans les affrontements les plus difficiles (où l'on peut facilement choisir sa cible parmi les adversaires), on pourra tout de même regretter ce choix de game design, dans la mesure où l'agilité des personnages les plus puissants les condamne souvent à finir un travail déjà bien entamé.
Pour terminer, la raison qui vous forcera à varier les participants des joutes est simple : chacun inflige de meilleurs dégâts à un type précis de monstre. Il existe donc une catégorie de créatures (plante, fantôme...) par personnage jouable, plus une qui échappe à cette logique, et dont les représentants sont ainsi un peu plus difficiles à vaincre. On regrettera cependant qu'il y ait très peu de modèles de monstres existant, la plupart des créatures rencontrées étant généralement de simples espèces dérivées aux couleurs différentes.
Pour les affrontements les plus difficiles, les skills sont d'un grand secours, puisqu'ils vous permettent d'altérer des statistiques, guérir des blessures... Mais dans l'ensemble les combats normaux n'en requièrent pas l'usage, puisque beaucoup de monstres meurent après 2 à 3 coups, si tant est que vous preniez le personnage adapté à la situation. Même si les pièces ne sont jamais en surnombre dans la bourse de Dorothy (on en reçoit une après certains combats, et on peut en recueillir dans un niveau et en le terminant), le jeu n'est donc pas pour autant très difficile. D'autant plus qu'en bataillant avec bravoure (i.e. ne pas fuir systématiquement), on obtient généralement ce qu'il faut en objets curatifs. Les pièces d'équipement sont plus là pour rassurer les néophytes, puisqu'elles n'ont pas un rôle déterminant dans la conclusion des affrontements contre un boss.
Conclusion :
Nous connaissons tous le conte du Magicien d'Oz ; Media Vision, avec une petite cartouche de jeu DS, adapte avec brio l'univers de cette belle histoire au genre RPG. Il n'est pas difficile de constater la finesse des graphismes et la richesse de l'animation, pas plus qu'il ne l'est de s'incliner devant la qualité de l'ost signée Sakimoto. Il est en revanche plus surprenant de se retrouver transporté par l'émotion d'une histoire si simple. Un savant mélange d'humour, d'émotion et de beauté constitue la partie narrative de The Wizard of Oz. Alors quand en plus, le jeu se permet de posséder un gameplay bien à lui, rempli de bonnes idées et entièrement jouable au stylet, on comprend qu'on est en face d'un projet audacieux, tout de même. Et c'est clairement ce qui fait que les RPG DS comme celui-ci, on ne les oubliera pas, malgré les années.
+ Durée de vie convenable et des boss optionnels coriaces à vaincre
+ Fluidité de l'action et d'excellentes idées de gameplay
+ L'histoire pleine d'humour et d'émotions
+ Qualité de la réalisation 3D
+ Un univers enchanteur
+ Richesse de l'ost
- Un peu trop linéaire
- Le bestiaire manque de variété
- Les skills en général peu mis à contribution
- Il manque un Movie Theater et un Sound Test (pas d'Extras débloqués)
Note Indicative : 16/20
Tu sais si il y a une chance de le voir sortir en Europe ?