
Le moins qu'on puisse dire, c'est que Nostalgia fait partie de ces jeux qui ont su se faire attendre. Il se murmure que le projet remonte à une dizaine d'années, ce qui est quand même loin d'être anodin. Difficile de savoir précisément ce qui s'est passé pendant tout ce temps ; une chose est sûre, fin 2008 sortait ce titre à l'univers steampunk au pays du Soleil levant dans un anonymat quasi-total, et quelques mois plus tard, Ignition annonçait une version US. Alors : toute cette attente, pour quel résultat ?
Version testée :
En plein coeur de l'ère victorienne, les vaisseaux volants ont permis aux hommes de réaliser leur rêve le plus impensable : voler. Il est en effet possible, dans le monde de Nostalgia, de se déplacer dans les airs pour peu que l'on soit issu d'une famille aisée financièrement. C'est le cas d'Edward, fils du grand aventurier Gilbert Brown (toute ressemblance avec Indiana Jones est purement fortuite...), porté disparu depuis quelques temps. Apprenant la nouvelle par un ami de la famille, le fils décide, ni une ni deux, de devenir lui-même un aventurier, du haut de ses 16 printemps, afin de la partir à la recherche de son père ! C'est qu'il ne faudrait pas gâcher sa jeunesse...
Après avoir rempli quelques formalités (qui a parlé d'aller exterminer des rats dans les égouts de Londres ?), se trouvant en chemin un partenaire en la personne de Pad, Eddie réalise enfin son rêve. Comme le hasard fait bien les choses (surtout dans un RPG), l'ami de son père rencontré plus tôt lui offre carrément le navire de Gilbert ! Une forme d'héritage avant l'heure, dirons-nous.
Je pense que vous l'avez compris, l'histoire de Nostalgia est (surprise !) remplie de clichés en tout genre, et ce n'est qu'un aspect du problème. Car en plus d'être classique, elle se résume parfois purement et simplement à du plagiat (mentionnons le cas de Hartmann). Le pire, c'est que chaque évènement est traité de manière très expéditive ; on s'étonne très franchement de la conclusion de certaines séquences narratives, tellement elles paraissent... inachevées ?
Tout n'est cependant pas tout noir : d'une part, les évènements dans Nostalgia se déroulent tellement vite, on n'a pas le temps de s'ennuyer. Il n'y a par ailleurs dans l'ensemble pas beaucoup de quêtes “détours”, et la trame principale avance à un bon rythme. On regrette cependant le potentiel inexploité de l'oeuvre : aucun personnage ne fait preuve d'un quelconque charisme, si bien qu'on les aura bien vite oubliés une fois l'aventure terminée. C'est d'autant plus étrange, et dommage, qu'au sein des innombrables scènes sans intérêt, quelques unes sortent du lot. Le personnage de Melody est impliqué dans des scènes assez touchantes sur la fin, son caractère s'affirme et on est témoin de son histoire. Il est vraiment vexant que la quasi-totalité des scènes soit d'une crédibilité risible, au point que même un Dragon Quest ferait mieux passer la pilule (“On ne sait pas ce qu'ils comptent faire de ce pouvoir, mais nous devons les arrêter !” est le propos tenu par un homme militaire au cours du jeu). Le soft aurait gagné à développer davantage les interactions entre les personnages s'il souhaitait rester dans le cliché. Ce n'est que sur la fin, lorsque la niaiserie quitte le jeu, que le scénario se révèle un minimum intéressant.
Bref, Nostalgia prend indéniablement exemple sur certains modèles, mais il calcule dans l'ensemble très mal son coup. Ne sachant jamais tout à fait s'il désire se poser comme un RPG à l'ancienne ou au contraire comme un titre moderne (plus riche en terme de background), le jeu oscille trop entre ces deux extrêmes.
On en arrive à parler d'un point capital : se déroulant dans une réalité alternative à la nôtre, Nostalgia dispose d'un monde de base relativement grand à parcourir, et surtout, à découvrir. Le bilan est là encore mitigé, mais nettement plus convaincant. De bons et de mauvais éléments se bousculent ici aussi, commençons donc par ce constat : les villes sont minuscules. Le nombre d'écrans à parcourir pour une cité comme New-York se compte sur les doigts de la main, je vous laisse donc imaginer la taille d'un village... Toutes les maisons ne sont pas visitables, et les dialogues avec les PNJ ne se renouvellent jamais. Le jeu nous ramène finalement les pieds sur Terre : pas de doute, on joue bien sur DS, et pas sur une console de salon. Difficile d'évaluer s'il aurait été possible d'étoffer davantage la présentation à ce niveau, ce qui est sûr c'est que sous cette forme, le jeu tourne sans aucun problème (pas de ralentissements) : c'est déjà ça.
Du côté des réjouissances, on note l'affichage sur l'écran tactile d'une carte bien pratique, avec des icônes nous permettant de savoir en quelques secondes quelles catégories de bâtiments se trouvent dans la ville. Les musiques sont également un bon point pour le jeu, puisqu'elles se renouvellent et s'adaptent merveilleusement aux lieux visités, qu'il s'agisse des villes ou des ruines/tours traversés.
Ensuite, et j'aimerais insister sur ce point, je trouve l'aspect “aérien” du soft très réussi. Si l'obtention du premier vaisseau pose question quant aux mérites du jeune aristocrate, force est de constater que Nostalgia possède celui de laisser les commandes au joueur dès la première heure de jeu ! Il est tout de même bien rare que l'on ne se retrouve pas forcé de suivre la trame principale pendant plus de la moitié d'un RPG, d'habitude... Alors bien sûr, J-RPG oblige, la liberté est somme toute relative me direz-vous.
En effet, si l'on pourrait d'abord penser qu'un vaisseau nous permettrait de faire Dehli-Londres en un rien de temps, c'est sans compter sur l'environnement dans lequel on évolue. Entre les nuages et les montagnes, votre zone d'exploration sera au départ bien délimitée... Vous obtiendrez à mesure de votre progression, deux améliorations vous permettant de vous élever d'autant de niveaux en altitude. Ceci vous permettra d'explorer de nouveaux horizons... Le revers de la médaille ? Plus vous vous élevez, plus vous êtes en danger. Car les combats aléatoires ont aussi bien lieu sur terre que dans les airs ! Sans l'équipement adapté, ou même si vous manquez franchement de chance, vous pouvez vous retrouvez éliminé sans avoir pu remuer le petit doigt. Je trouve cet aspect fascinant, dans la mesure où cela fait prendre conscience au joueur de sa puissance somme toute relative, en fin de compte. Heureusement, si la menace est bien réelle dans les altitudes les plus élevées (jusqu'à temps que vous ayez les équipements adéquats pour survivre), il est possible de sauvegarder à tout moment, pour peu que vous vous trouviez en dehors d'un donjon.
Si l'on peut s'indigner de la petite taille des villes, le travail apporté au monde extérieur n'est donc pas autant critiquable. La taille de la carte est loin d'être ridicule, et celle-ci accueille finalement un assez grand nombre de lieux à visiter, à défaut que la traversée de ceux-ci ne nécessite des heures. Il existe également une cinquantaine de merveilles (bien réelles !) à découvrir à l'aide d'indices fournis par certains personnages. Vous aurez donc de quoi faire côté exploration.
Je terminerai sur le soucis de réalisme du monde en général : il n'est pas rare, au cours de ses déplacements, d'apercevoir des navires marchands faire la navette entre plusieurs villes, ou encore de recevoir un SOS d'un vaisseau échoué... Mention spéciale, pour terminer, aux phénomènes climatiques inclus dans le jeu ! Tempêtes de neige et autres orages seront vos compagnons selon les zones traversées, et un tel réalisme est si rare dans un RPG (a fortiori sur console portable), il mérite bien d'être souligné.
Enchaînons à présent sur le gameplay du titre à proprement parler. On s'en doute, Nostalgia suit la formule traditionnelle de tout bon J-RPG ; il alterne ainsi visites de villes et de donjons. Dans ces derniers, vous aurez à résoudre de petites énigmes, éviter des pièges (des donjons sont spécialisés dans le domaine !) et combattre les habitants naturels des lieux. Si les rencontres surviennent de manière aléatoire, elles ne sont jamais trop fréquentes, et l'équipe récupère assez vite des accessoires pour influer sur la fréquence des combats. Comme il a été mentionné, les donjons prennent en général moins d'une heure à être parcourus, rendant l'exploration assez agréable. D'autant que les sets d'ennemis varient plutôt bien : on ne se retrouve pas avec trois ou quatre formations (il y en a bien plus), et le jeu évite relativement bien le phénomène propre à de nombreux bestiaires en perte de créativité, dans lesquels on retrouve le même type d'ennemi changeant seulement de couleur d'un lieu à l'autre.
Le système de combat est assez classique, tout en étant plus subtil qu'un simple tour par tour. Sur la terre ferme, chaque personnage agit en fonction de sa vitesse et a le choix entre une commande d'attaque, de défense, technique/item et fuite. Les skills sont assez nombreux (16 à maîtriser par personnage), et permettent au titre de se démarquer un peu du lot : les tours des personnages sont en effet plus ou moins repoussés selon le skill utilisé (on appelle cela le Wait Time d'une compétence). Chaque protagoniste remplit un rôle bien défini au sein de l'équipe : Eddie est le bourrin un peu (trop) lent, Fiona soigne ses alliés...
Dans les airs, la barre de vie est celle du vaisseau, et chaque personnage manie une arme spécifique. Il a ainsi accès à deux utilisations différentes de la pièce d'équipement, ainsi qu'à une liste de 5 skills propres aux affrontements aériens. De plus, les ennemis peuvent attaquer par devant mais aussi sur les côtés. Chaque arme étant plus ou moins adaptée à la position de l'ennemi, sans compter les caprices de la météo sus-cités (qui affectent la visibilité), il faut bien réfléchir avant de décider d'une action, surtout si les ennemis sont nombreux. Un petit regret pour ces combats, dans l'ensemble inutilement longs malgré la fluidité de l'animation : les ennemis sont endurants, et même avec de bons équipements il faut plusieurs tours pour les vaincre.
À la fin de chaque combat, une note vous est attribuée en fonction de différents paramètres. On peut regretter que le détail ne soit pas affiché comme c'est le cas dans un Tales of, puisque le système de notation peut sembler des plus aléatoire. En règle générale il faut éliminer l'ennemi le plus vite possible, sans perdre trop de HP/MP.
La présentation des combats est bien optimisée : grâce aux deux écrans de la console, on sait quels sont les prochains personnages qui prendront leur tour, on peut consulter l'état des alliés. Le tout s'affiche sans surcharge, l'action se déroulant sur l'écran supérieur. De plus, la caméra est particulièrement dynamique (le nombre d'angles différents est assez impressionnant). La mise en scène des affrontements aériens alterne les plans rapprochés et éloignés, ce qui n'est pas sans rappeler un certain Skies of Arcadia.
Les premiers combats sont les plus difficiles de la trame principale, dans la mesure où très peu de skills sont accessibles, et que leur utilisation s'avèrent coûteuse. Mais plus vous en acquérez, et plus le jeu se simplifie. D'une part du fait de leur grande diversité (on a les sorts de mort instantanée, ceux qui influe sur les stats, les attaques de coopération...), mais aussi d'un très mauvais équilibre entre la force de votre équipe et de celle de certains adversaires.
La difficulté des combats aléatoires est relativement bien pensée. Le vrai problème vient des boss. Précédés très souvent d'un point de sauvegarde, vous les affrontez ainsi au mieux de votre forme, ce qui implique qu'une utilisation judicieuse de 2 ou 3 skills marche à tous les coups face à l'adversaire. Il n'y a pas de subtilité véritable lors de ces affrontements, et la force d'Eddie étant vraiment démesurée, les boss n'ont pas beaucoup l'occasion d'inquiéter ne serait-ce qu'un peu notre fière équipe avant de succomber. C'est vraiment dommage, d'autant qu'à l'instar d'un Final Fantasy IV, les boss ultimes sont titanesques, et occupent une bonne partie de l'écran, dégageant ainsi une certaine “aura”.
Nostalgia se trouve être de ces jeux dont on n'a même pas vu la moitié une fois la quête principale terminée, et cela est aussi vrai pour la difficulté. Les affrontements les plus éprouvants, mais aussi les plus longs, se trouvent dans la partie annexe du soft. C'est alors qu'on peut véritablement exploiter les différentes techniques mises à notre disposition, indispensables à la survie de l'équipe.
Ce qui nous amène à parler plus en détail des dits skills. Comme dans d'autres RPG, ils s'apprennent avec les montées de niveaux, mais sous leur forme la plus basique. Il faut les améliorer, et ceci se fait indépendamment du niveau des personnages. Parmi les récompenses gagnées en combat, un certain nombre de points vous sont donnés afin que vous les répartissiez parmi vos compétences. En faisant évoluer celles-ci, vous pourrez en apprendre de nouvelles. Mais le système ne s'arrête pas là : en progressant, une capacité peut devenir plus puissante, certes, mais pas seulement ! Son coût en MP ou le Wait Time peuvent également être réduits... Dès lors, l'évolution des skills prend un aspect stratégique des plus appréciable.
Mais puisqu'en dehors de quelques rares occasions, vous êtes libre d'aller où bon vous semble, autant profiter de votre vaisseau pour accomplir quelques quêtes annexes de temps à autre. Le soft propose pas moins de 33 missions (via la guilde des aventuriers) qui ont le bon goût d'être optionnelles (contrairement à certains jeux actuels qui basent leur progression sur ce schéma). Si certaines finissent par se ressembler en terme d'objectif, rien ne vous oblige à toutes les faire à la suite, étant donné qu'il s'en débloque régulièrement de nouvelles à la guilde. Il est cependant un peu étrange que les deux dernières missions permettent d'obtenir les armures ultimes (faisant offices de nouveaux “costumes”) des deux filles, et qu'il n'y ait pas l'équivalent pour nos braves Pad et Eddie... Le cosplay, ça se mérite.
Si Nostalgia peut se terminer très vite et n'importe comment, il est tout à fait envisageable de prendre son temps afin de découvrir tout ce que le monde a à nous offrir. Car, une fois encore, le titre possède quelque chose qui fait toute la différence par rapport à d'autres RPG : une feuille de score. Vous y trouverez répertoriés tous les coffres et ennemis existant par zone, la carte de chaque lieu, et plus encore. Du coup, vous savez en quelques instants si vous avez tout trouvé dans un lieu donné, et c'est vraiment quelque chose d'appréciable pour tout complétionniste qui se respecte. Il est très curieux que si peu de RPG possèdent de fiche aussi complète que dans les Shadow Hearts ou Nostalgia, mais après tout, cela permet à ces jeux de se distinguer. On regrette juste que le compteur de combat se bloque à 999 (ce qui sera vite atteint si vous visez les 100%), ou que le staff d'Ignition n'ait pas apporté le même soin à la traduction de certaines descriptions qu'aux dialogues : la page d'accueil annonce la couleur, avec une lettre manquante dans le mot “Adventurer”...
Précisons pour finir que le contenu annexe est facilement deux fois plus imposant que celui de la trame principale, puisqu'il existe nombre d'éléments à découvrir. La diversité est au rendez-vous, tant et si bien qu'on ne risque pas de s'ennuyer. Si le scénario ne vous retiendra guère plus d'une vingtaine d'heures, vous pouvez donc facilement tripler ce temps si l'envie vous prend de jouer les véritables aventuriers.
Conclusion :
Il est très difficile de juger un jeu comme Nostalgia. Nul doute que certaines personnes ne prendront même pas la peine de trop s'y intéresser de par les lacunes de son scénario, et on peut les comprendre étant donné le niveau de médiocrité atteint. D'un autre côté, si l'on parvient à faire abstraction de cette faiblesse, le gameplay témoigne d'un véritable savoir-faire (au moins dans les quêtes annexes), avec des mécanismes bien huilées et surtout une diversité qu'on voit rarement dans un RPG classique. Le contenu du jeu n'est pas en reste, avec une partie entièrement pensée pour le post game : six donjons annexes attendent d'être découverts, et le monde de Nostalgia regorge de petites choses à faire, tant et si bien que celui qui veut bien se prêter au jeu n'aura que l'embarras du choix. On tient là un des J-RPG les plus riches et les plus agréables à jouer (de par la liberté procurée) de la console ; reste un scénario aussi bien critiquable dans sa narration que dans la difficulté globale. Le jeu est en manque d'identité tant il a cherché à s'inspirer des originaux, et il est donc impossible de le recommander à tous. Je ne pense pas, cependant, que le titre du jeu soit mensonger, et si vous avez ses défauts à l'esprit, il n'est pas de raison pour que vous ne sachiez apprécier l'expérience offerte.
+ Des donjons bien pensés (quelques énigmes et pièges rompent la monotonie des combats)
+ Dynamisme des affrontements (changements d'angles de la caméra)
+ Une diversité très importante (ennemis, compétences...)
+ L'aspect “appel à l'aventure” fonctionne à merveille
+ Un RPG riche en contenu annexe
+ Le gameplay épuré
- Fainéantise des scénaristes
- La quête principale trop simple
- Mise en scène des séquences narratives trop peu travaillée
- Les ambitions du jeu parfois limitées par le support (surtout les villes)
Note Indicative : 15/20